Les Cinq Terres d’Irrhyon – Petit guide de Manipulation : Chapitre 5

Voilà le moment de vous révéler la démarche créative qui m’a permis de réaliser le dernier chapitre de mon manuscrit. Si vous voulez lire l’article concernant le second, c’est ici que ça se passe !


Les Terres Khidalii


Calligraphie Terres Varrodenes- Page titre Chapitre 5 : Les Terres Khidalii

Pour créer mon manuscrit, j’ai choisi de traiter différentes influences comprises dans la période allant du IX ème au XI ème siècle, mais ayant toutes un rapport plus ou moins proche avec l’enluminure carolingienne. Cela m’a permis de bien mettre en valeur les différences culturelles et géographiques de chaque partie tout en gardant une cohérence visuelle.

J’ai fait le choix de la période carolingienne car je suis tombée amoureuse de sa simplicité (ex : les encadrements robustes) autant que de sa complexité (ex : ses motifs), mais surtout de la diversité de ses styles.

Influences

Les Khidalii sont un des peuples autochtone d’Irrhyon qui, en son temps, avait un rayonnement culturel puissant. Par conséquent, ils ont beaucoup influencé leurs voisins jusqu’à ce que leur culture s’effondre.

Ils ont été inspirés par les peuples du Proche et Moyen-Orient. Pour traduire l’influence qu’ont les Khidalii sur leurs voisins, je me suis inspirée du rapport existant entre l’enluminure byzantine et les codes de l’enluminure carolingienne.


Manuscrits de référence

Pour me rapprocher de l’influence moyen-orientale correspondant à celle avec laquelle a été créée la civilisation khidali, j’ai choisi un style d’enluminure byzantin. Le manuscrit de référence pour la composition de la pleine page est Jean Chrysostome – Homélies, 1078-1081, BnF Coislin 79, f2v.


Pour la structure de l’encadrement avec trois bandeaux dont un en réserve avec calligraphie, je me suis inspirée du manuscrit Grec 224, 1001 – 1100, BNF, Grec 224, f7r.


Pour le bandeau intérieur de l’encadrement, je me suis inspirée du motif végétal du manuscrit Grec 48, 801-900, BnF, Grec 48, f205v. et de la palette de couleurs du manuscrit Tétraévangile adapté à l’usage liturgique, 1001 – 1100, BnF Grec 64, f63v


Pour l’arche et les détails sur l’or, je me suis inspirée du manuscrit Grec 48, 801-900, BnF, Grec 48, f89v


Voilà donc à quoi ressemble ma pleine page en vis-à-vis du début de la calligraphie

Démarche créative

Encadrement

L’enluminure byzantine a eu une forte influence sur l’enluminure carolingienne, et c’est assez évident quand on compare les caractéristiques de leurs encadrements. Tout comme le style carolingien, le style byzantin est fastueux : les enluminures se font très souvent en pleines pages ou en demi pages et les encadrement, qu’ils soient simples ou complexes comportent presque toujours de l’or.

Pour les plus complexes, on peut trouver plusieurs niveaux de bandeaux organisés de façon concentrique, décorés avec des motifs végétaux ou géométriques tels que des entrelacs. Les couleurs les plus utilisées sont le vert, le bleu et le rouge allant du vermillon au follium.

Les motifs végétaux du bandeau extérieur de l’encadrement sont purement décoratifs.

Le bandeau intérieur, quant à lui, est une allégorie de la Manipulation chez les Khidalii : le médaillon bleu parcouru d’un cerne blanc représente l’esprit. Le contenu du médaillon représente l’idée. Les rinceaux, quant à eux, représentent les projections de l’esprit qui concrétisent cette idée par la création des feuilles.

Les deux phrases calligraphiées font référence aux divinités Zefra et Holan en langue khidali :

Zefra, dithei de se khi i kide-sha de se khel : Zefra, divinité de la vie et gardien du commencement.

Holan, dithei de se ukh i kide-sha de se kuth : Holan, divinité de la mort et gardienne de la fin.

Décor de texte

Pour ce décor de texte, je me suis inspirée des manuscrits des Homélies de Jean Chrisostome, BnF Coilin 79, f3r

La phrase inscrite dans ce cadre Ka ser tokkhu sa nissei est une phrase importante pour les Khidalii, qui leur sert de précepte et qui veut dire « Que leur volonté s’accomplisse ». Elle est très représentative de la manière dont ils abordent leur existence en se remettant constamment entre les mains de Zefra et Holan.

Présentation

Généralités

Sur cette page, seules les divinités de la vie et de la mort sont représentées. Ils se nomment respectivement Zefra et Holan.

Le dieu créateur, lui, est absent. Il se nome Mor (grand).

Pourquoi Mor n’est-il pas représenté ?

Tout comme les Varrodens, les Khidalii pensent que Mor est l’impulsion créatrice de tout ce qui se trouve autour d’eux, mais qu’il n’est qu’énergie. Au contraire, Zefra et Holan sont des incarnations de la vie et la mort, et c’est le fait qu’ils se sont incarnés qui permet leur représentation physique.

Les divinités : inspiration, mise en page et symbolique

De façon générale, les byzantins utilisent l’or pour mettre en valeur tout ce qui touche au divin. L’or « était considéré comme un symbole de spiritualité qui traduit la splendeur du monde divin: rien ne serait trop beau pour le service de Dieu » (Stavros Lazaris – Sur le statut de l’utilisation de l’or à Byzance : le cas des manuscrits chrysographiés).

C’est ce que j’ai voulu retranscrire dans la pleine page khidali, car même si les Khidalii sont décrits comme des êtres bestiaux, voire, sauvages, ils sont souvent mépris. Cela vient de leur façon d’aborder la vie et leur existence.

En effet, les Khidalii ont la conviction que chaque acte ou pensée a une conséquence sur soi et sur autrui. Ils sont donc très conscients d’eux-mêmes. On pourrait alors croire que cette conscience les pousserait à la retenue, mais au contraire, elle les pousse à aller au bout de leurs idées et de leurs choix.

Les Khidalii agissent et prennent des décisions en pleine conscience, et quoi qu’ils fassent ou quoi qu’il puisse leur arriver, ils sont rarement en proie à des émotions telles que la colère, la honte ou l’orgueil.

Les Khidalii ont donc une parfaite maîtrise d’eux-mêmes, et c’est ce qui, aux yeux de leurs voisins, peut les rendre froid ou barbares.

Malgré cette maîtrise d’eux-mêmes, ils n’en restent pas moins des créatures raffinées ayant un profond respect pour leurs divinités qu’ils placent au centre de leurs vies.

Zefra et Holan sont représentés par un couple. Ensemble, ils tiennent une balance dont la chaîne est entourée autour de leurs deux poignets. Elle représente l’équilibre inébranlable de la vie et de la mort, du début et de la fin. L’un ne peut exister sans l’autre.

Ils sont habillés comme des rois terrestres avec des étoffes colorées, et parés d’or qui représente leur appartenance au monde divin. Tout comme leurs vêtements, le décor qui les entoure fait allusion à leur condition : le sol coloré les ancrant à la terre, l’or les entourant les associant au céleste.

Les Khidalii ne sont pas Humains. J’ai marqué cette différence grâce à leurs oreilles pointues, le côté longiligne de leur silhouette (bien desservi par le style byzantin) et leur teint olivâtre presque gris.


Voilà pour cette présentation du dernier chapitre de mon manuscrit.

J’espère que vous aurez apprécié ce voyage, à la fois dans mon univers mais aussi dans l’univers de l’enluminure !

J’espère aussi que ça vous aura rendu curieux d’en connaître davantage sur mes romans ! Vous pouvez d’ailleurs lire le début du premier tome de ma série : l’Ordre, l’Ombre et les Serments.

Si l’article vous a plu, ou déplu, si vous avez des questions ou des réflexions, n’hésitez pas à laisser un commentaire ! N’hésitez pas non plus à partager !

Quoi qu’il en soit, merci pour votre soutien, et à très bientôt !

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