Les Cinq Terres d’Irrhyon – Petit guide de Manipulation : Chapitre 5

Voilà le moment de vous révéler la démarche créative qui m’a permis de réaliser le dernier chapitre de mon manuscrit. Si vous voulez lire l’article concernant le second, c’est ici que ça se passe !


Les Terres Khidalii


Calligraphie Terres Varrodenes- Page titre Chapitre 5 : Les Terres Khidalii

Pour créer mon manuscrit, j’ai choisi de traiter différentes influences comprises dans la période allant du IX ème au XI ème siècle, mais ayant toutes un rapport plus ou moins proche avec l’enluminure carolingienne. Cela m’a permis de bien mettre en valeur les différences culturelles et géographiques de chaque partie tout en gardant une cohérence visuelle.

J’ai fait le choix de la période carolingienne car je suis tombée amoureuse de sa simplicité (ex : les encadrements robustes) autant que de sa complexité (ex : ses motifs), mais surtout de la diversité de ses styles.

Influences

Les Khidalii sont un des peuples autochtone d’Irrhyon qui, en son temps, avait un rayonnement culturel puissant. Par conséquent, ils ont beaucoup influencé leurs voisins jusqu’à ce que leur culture s’effondre.

Ils ont été inspirés par les peuples du Proche et Moyen-Orient. Pour traduire l’influence qu’ont les Khidalii sur leurs voisins, je me suis inspirée du rapport existant entre l’enluminure byzantine et les codes de l’enluminure carolingienne.


Manuscrits de référence

Pour me rapprocher de l’influence moyen-orientale correspondant à celle avec laquelle a été créée la civilisation khidali, j’ai choisi un style d’enluminure byzantin. Le manuscrit de référence pour la composition de la pleine page est Jean Chrysostome – Homélies, 1078-1081, BnF Coislin 79, f2v.


Pour la structure de l’encadrement avec trois bandeaux dont un en réserve avec calligraphie, je me suis inspirée du manuscrit Grec 224, 1001 – 1100, BNF, Grec 224, f7r.


Pour le bandeau intérieur de l’encadrement, je me suis inspirée du motif végétal du manuscrit Grec 48, 801-900, BnF, Grec 48, f205v. et de la palette de couleurs du manuscrit Tétraévangile adapté à l’usage liturgique, 1001 – 1100, BnF Grec 64, f63v


Pour l’arche et les détails sur l’or, je me suis inspirée du manuscrit Grec 48, 801-900, BnF, Grec 48, f89v


Voilà donc à quoi ressemble ma pleine page en vis-à-vis du début de la calligraphie

Démarche créative

Encadrement

L’enluminure byzantine a eu une forte influence sur l’enluminure carolingienne, et c’est assez évident quand on compare les caractéristiques de leurs encadrements. Tout comme le style carolingien, le style byzantin est fastueux : les enluminures se font très souvent en pleines pages ou en demi pages et les encadrement, qu’ils soient simples ou complexes comportent presque toujours de l’or.

Pour les plus complexes, on peut trouver plusieurs niveaux de bandeaux organisés de façon concentrique, décorés avec des motifs végétaux ou géométriques tels que des entrelacs. Les couleurs les plus utilisées sont le vert, le bleu et le rouge allant du vermillon au follium.

Les motifs végétaux du bandeau extérieur de l’encadrement sont purement décoratifs.

Le bandeau intérieur, quant à lui, est une allégorie de la Manipulation chez les Khidalii : le médaillon bleu parcouru d’un cerne blanc représente l’esprit. Le contenu du médaillon représente l’idée. Les rinceaux, quant à eux, représentent les projections de l’esprit qui concrétisent cette idée par la création des feuilles.

Les deux phrases calligraphiées font référence aux divinités Zefra et Holan en langue khidali :

Zefra, dithei de se khi i kide-sha de se khel : Zefra, divinité de la vie et gardien du commencement.

Holan, dithei de se ukh i kide-sha de se kuth : Holan, divinité de la mort et gardienne de la fin.

Décor de texte

Pour ce décor de texte, je me suis inspirée des manuscrits des Homélies de Jean Chrisostome, BnF Coilin 79, f3r

La phrase inscrite dans ce cadre Ka ser tokkhu sa nissei est une phrase importante pour les Khidalii, qui leur sert de précepte et qui veut dire « Que leur volonté s’accomplisse ». Elle est très représentative de la manière dont ils abordent leur existence en se remettant constamment entre les mains de Zefra et Holan.

Présentation

Généralités

Sur cette page, seules les divinités de la vie et de la mort sont représentées. Ils se nomment respectivement Zefra et Holan.

Le dieu créateur, lui, est absent. Il se nome Mor (grand).

Pourquoi Mor n’est-il pas représenté ?

Tout comme les Varrodens, les Khidalii pensent que Mor est l’impulsion créatrice de tout ce qui se trouve autour d’eux, mais qu’il n’est qu’énergie. Au contraire, Zefra et Holan sont des incarnations de la vie et la mort, et c’est le fait qu’ils se sont incarnés qui permet leur représentation physique.

Les divinités : inspiration, mise en page et symbolique

De façon générale, les byzantins utilisent l’or pour mettre en valeur tout ce qui touche au divin. L’or « était considéré comme un symbole de spiritualité qui traduit la splendeur du monde divin: rien ne serait trop beau pour le service de Dieu » (Stavros Lazaris – Sur le statut de l’utilisation de l’or à Byzance : le cas des manuscrits chrysographiés).

C’est ce que j’ai voulu retranscrire dans la pleine page khidali, car même si les Khidalii sont décrits comme des êtres bestiaux, voire, sauvages, ils sont souvent mépris. Cela vient de leur façon d’aborder la vie et leur existence.

En effet, les Khidalii ont la conviction que chaque acte ou pensée a une conséquence sur soi et sur autrui. Ils sont donc très conscients d’eux-mêmes. On pourrait alors croire que cette conscience les pousserait à la retenue, mais au contraire, elle les pousse à aller au bout de leurs idées et de leurs choix.

Les Khidalii agissent et prennent des décisions en pleine conscience, et quoi qu’ils fassent ou quoi qu’il puisse leur arriver, ils sont rarement en proie à des émotions telles que la colère, la honte ou l’orgueil.

Les Khidalii ont donc une parfaite maîtrise d’eux-mêmes, et c’est ce qui, aux yeux de leurs voisins, peut les rendre froid ou barbares.

Malgré cette maîtrise d’eux-mêmes, ils n’en restent pas moins des créatures raffinées ayant un profond respect pour leurs divinités qu’ils placent au centre de leurs vies.

Zefra et Holan sont représentés par un couple. Ensemble, ils tiennent une balance dont la chaîne est entourée autour de leurs deux poignets. Elle représente l’équilibre inébranlable de la vie et de la mort, du début et de la fin. L’un ne peut exister sans l’autre.

Ils sont habillés comme des rois terrestres avec des étoffes colorées, et parés d’or qui représente leur appartenance au monde divin. Tout comme leurs vêtements, le décor qui les entoure fait allusion à leur condition : le sol coloré les ancrant à la terre, l’or les entourant les associant au céleste.

Les Khidalii ne sont pas Humains. J’ai marqué cette différence grâce à leurs oreilles pointues, le côté longiligne de leur silhouette (bien desservi par le style byzantin) et leur teint olivâtre presque gris.


Voilà pour cette présentation du dernier chapitre de mon manuscrit.

J’espère que vous aurez apprécié ce voyage, à la fois dans mon univers mais aussi dans l’univers de l’enluminure !

J’espère aussi que ça vous aura rendu curieux d’en connaître davantage sur mes romans ! Vous pouvez d’ailleurs lire le début du premier tome de ma série : l’Ordre, l’Ombre et les Serments.

Si l’article vous a plu, ou déplu, si vous avez des questions ou des réflexions, n’hésitez pas à laisser un commentaire ! N’hésitez pas non plus à partager !

Quoi qu’il en soit, merci pour votre soutien, et à très bientôt !

Les Cinq Terres d’Irrhyon – Petit guide de Manipulation : Chapitre 4

Voilà le moment de vous révéler la démarche créative qui m’a permis de réaliser le quatrième chapitre de mon manuscrit. Si vous voulez lire l’article concernant le premier, c’est ici que ça se passe !


Les Terres Varrodenes


Calligraphie Terres Suebenes- Page titre Chapitre 4 : Les Terres Varrodenes

Pour créer mon manuscrit, j’ai choisi de traiter différentes influences comprises dans la période allant du IX ème au XI ème siècle, mais ayant toutes un rapport plus ou moins proche avec l’enluminure carolingienne. Cela m’a permis de bien mettre en valeur les différences culturelles et géographiques de chaque partie tout en gardant une cohérence visuelle.

J’ai fait le choix de la période carolingienne car je suis tombée amoureuse de sa simplicité (ex : les encadrements robustes) autant que de sa complexité (ex : ses motifs), mais surtout de la diversité de ses styles.

Influences

Les Varrodens ne sont pas un peuple autochtone d’Irrhyon, et sont devenus les voisins directs des Khidalii et des Suebens après plusieurs vagues d’invasions. Ainsi, en s’établissant sur leurs terres, ils ont subi l’influence de ces deux cultures, mais principalement celle des Khidalii.

Pour créer visuellement les Varrodens, je me suis inspirée des civilisations asiatiques et amérindiennes, mais pour les représenter dans le manuscrit, je n’ai gardé que l’influence orientale.

Pour représenter les Varrodens et l’influence que les Khidalii ont eu sur eux et leur culture, j’ai donc choisi un style d’enluminure ayant ses propres codes, mais inspirés par ceux d’un voisin puissant. Je voulais aussi un style d’enluminure très riche qui représenterait bien le côté impérial flamboyant attaché à la culture Varrodene. A mes yeux, l’enluminure carolingienne représente tout cela.


Manuscrits de référence

En comparaison des autres pleines pages, le travail pour les Terres Varrodenes a été différent, car il était question d’associer un style extrême-oriental (ayant servi à concevoir la civilisation varrodene) à un style occidental. J’ai donc décidé de m’inspirer des manuscrits de l’école de Charles le Chauve pour donner à cette association une dimension spectaculaire, tout d’abord avec le Sacramentaire de Charles le Chauve, BnF, latin 1141, f6r-7v.


Je me suis également inspirée du Psalterium Caroli Calvi dit Psautier de Charles le Chauve – 842-869- BnF latin 1152- f4v et du Evangeliar (Codex Aureus), BSB Clm 14000 Einzelbilder Westfrankenreich 879 f11r


Pour les personnages, je me suis inspirés de ceux des manuscrits du groupe d’Ada, un groupe ayant participé à la réalisation de bon nombre de manuscrits à l’école palatine de Charlemagne. Mon principal manuscrit de référence est l’Evangéliaire d’Ada, StB Trèves, Hs 22, St Marc.

Voilà donc à quoi ressemble ma double pleine page en vis-à-vis

Démarche créative

Encadrement

Le style carolingien de Charles le Chauve est majestueux : les encadrements sont d’or, comportent parfois plusieurs bandeaux organisés de façon concentrique et renferment une multitude de détails allant des motifs végétalisés aux pierreries. Les couleurs les plus utilisées sont la pourpre, le vert, le bleu et le follium, que ce soit en transparence ou en aplats. Les ombres et lumières sont travaillées et créent une profondeur dans les décors. L’or en coquille et aussi très souvent utilisé pour marquer les zones de lumières ou apporter de la texture à un motif.

Les motifs végétaux représentent la matière que Manipulent les Varrodens, c’est la raison pour laquelle ils occupent une telle place dans l’encadrement.

Dans le bandeau central, alors que les couleurs sont posées en aplats avec de légères transparences pour marquer les ombres, la lumière est apportée par des filigranes d’or.

Dans le bandeau intérieur, les motifs végétaux sont en or cernés de blanc.

Les pierreries du bandeau central et extérieur de l’encadrement sont, elles, purement décoratives.

Incipit et lettrine

Au centre de la page se trouve une prière Tahura tahuki nin sugta signifiant « Tahura veille sur toi ».

Le fond a été réalisé à la brosse pompon. Les lettres ainsi que les motifs végétaux, toujours présents, ont été faits à la feuille d’or.

Le fait que la prière soit adressée à Tahura et pas à Primael prouve une fois encore que les Varrodens la vénèrent plus que ce dernier.

On remarque que Tarod est aussi absent de cette prière. C’est parce qu’il est le dieu associé à la mort et au mal, et que les Varrodens ne l’invoquent que pour parler de malheur et de malchance.

L’encadrement est le même que celui de la pleine page en vis-à-vis.

Pour la lettrine et la mise en page de la calligraphie, je me suis inspirée du Psautier de Charles le chauve, f48r. J’ai cependant inversé les types d’écriture, en utilisant une écriture onciale pour la chrysographie sur fond pourpre et une écriture rustica pour la chrysographie sur parchemin.

Présentation

Généralités

Sur cette page, seules les divinités de la vie et de la mort sont représentées. Ils se nomment respectivement Tahura et Tarod.

La dieu créateur Primael, lui, est absent.

Pourquoi Primael n’est-il pas représenté ?

Parce que les Varrodens pensent qu’il est l’impulsion créatrice de tout ce qui se trouve autour d’eux. Il garde les esprits des êtres vivants à naître et ceux qui ont fait le bien durant leur existence.

Cependant, il ne s’est pas incarné sur terre, au contraire de Tahura et Tarod. Un peu comme les Suebens qui ne représentent pas le Sinam, les Varrodens ne représentent donc pas Primael car il n’est qu’énergie, et pas un être de chair et de sang. On ne peut représenter l’énergie par un personnage.

La divinité principale : inspiration, mise en page et symbolique

Tahura et Tarod sont les divinités de la vie et de la mort créés par Primael et représentés par les Varrodens comme un couple d’amants.

Tahura est la terre vivante et veille sur les corps des vivants et des morts, tandis que Tarod est la terre où rien ne vit, celle qui se trouve sous la terre vivante, et il se charge du passage des esprits entre la vie et la mort, en gardant auprès de lui ceux ayant fait le mal, (ceux ayant fait le bien retournant auprès de Primael).

Du fait de leur lien, ils se tiennent côte à côte, mais contrairement aux autres divinités des Cinq Terres, ils sont en opposition, qui est représentée par leurs attitudes respectives :

Tahura est debout, droite et fière, prête à guider et soutenir. Elle semble sortir du fond crépusculaire qui l’entoure.

Tarod est assis et lui tourne le dos, comme en attente d’une âme à garder auprès de lui. Farouche guerrier, il ne lâche jamais son sabre qu’il tient prêt à l’emploi. Il semble vouloir rester dans l’ombre.

Ils ont les pieds bien ancrés au sol, marquant ainsi leur incarnation sur terre.

Leurs vêtements sont un mélange des vêtements extrême-orientaux que sont le hanfu (chinois), le hanbok (coréen) et le kimono (japonais). Les couleurs pourpre et minium marquent leur rang de divinité. Le vert est présent pour rappeler leur lien avec la terre dont ils sont les gardiens.

Leurs cheveux sont longs et coiffés en chignons. Chez les peuples asiatiques, les cheveux longs sont une marque de piété filiale. C’est une notion que j’ai tenu à retranscrire chez les peuples varrodens, et donc chez Tahura et Tarod.

L’habit de Tahura : le col est croisé et le rabat est fait du côté droit (vie). La jupe est ample et la veste longue, ceinturée à la taille. Les manches sont également très longues et décorées.

L’habit de Tarod : plus proche du hanbok que du hanfu, le col est également croisé mais le rabat est cette fois fait sur le côté gauche. Au Japon, c’est de cette façon dont on ferme les kimonos des morts. La veste est ceinturée à la taille et les manches sont droites. Le pantalon est ample pour permettre une liberté de mouvement. Il ne comporte aucune décoration.


Voilà pour cette présentation du quatrième chapitre de mon manuscrit. J’espère que ces explications plairont aux amateurs d’enluminure autant qu’à ceux qui voudraient lire mes romans.

Sachez que les explications pour les chapitres suivants arrivent dans les semaines à venir. Le chapitre 5 concernera les Terres Khidalii.

Si l’article vous a plu, ou déplu, si vous avez des questions ou des réflexions, n’hésitez pas à laisser un commentaire ! N’hésitez pas non plus à partager !

Quoi qu’il en soit, merci pour votre soutien, et à très bientôt !

Les Cinq Terres d’Irrhyon – Petit guide de Manipulation : Chapitre 3

Voilà le moment de vous révéler la démarche créative qui m’a permis de réaliser le troisième chapitre de mon manuscrit. Si vous voulez lire l’article concernant le second, c’est ici que ça se passe !


Les Terres Suebenes


Calligraphie Terres Laukares- Page titre Chapitre 3 : Les Terres Suebenes

Pour créer mon manuscrit, j’ai choisi de traiter différentes influences comprises dans la période allant du IX ème au XI ème siècle, mais ayant toutes un rapport plus ou moins proche avec l’enluminure carolingienne. Cela m’a permis de bien mettre en valeur les différences culturelles et géographiques de chaque partie tout en gardant une cohérence visuelle.

J’ai fait le choix de la période carolingienne car je suis tombée amoureuse de sa simplicité (ex : les encadrements robustes) autant que de sa complexité (ex : ses motifs), mais surtout de la diversité de ses styles.

Influences

Les Suebenes sont un peuple autochtone d’Irrhyon, qui, à l’apogée de sa culture était riche et puissant. Cependant, à l’époque à laquelle se déroulent les évènements de la série, les Suebens ne sont plus qu’une minorité constituée de peuples nomades vivant dans un désert aride et survivant du commerce qu’ils font avec leurs voisins.

Visuellement parlant, ils sont inspirés par les peuples bédouins, et pour les représenter, je voulais par conséquent une enluminure ayant des influences orientales.

L’enluminure espagnole et mozarabe est à mes yeux un parfait mélange entre une influence carolingienne (dont elle conserve certains motifs d’entrelacs et encadrements) et orientale (à laquelle elle emprunte des motifs végétaux et géométriques), en plus d’avoir une identité propre et une palette de couleurs vive correspondant bien au visuel des Suebens. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi ce style pour les représenter.


Manuscrits de référence

Pour me rapprocher de l’influence moyen-orientale à laquelle a été associée la civilisation suebene, j’ai choisi un style d’enluminure mozarabe.

Le manuscrit de référence principal pour la pleine page et l’ornementation est le Beatus a liebana, BnF, latin 8878 f1r


Pour les lettres et l’association des couleurs, je me suis inspirée d’un autre manuscrit, le Collectio Conciliorum, BDH 15460, ff47v-48r; 57v-58r; 65v-66r.


Voilà donc à quoi ressemble ma pleine page en vis-à-vis du début de la calligraphie

Démarche créative

Encadrement

La structure des encadrements rappelle encore une fois celle utilisée dans les manuscrits carolingiens : des bandeaux contenant des motifs végétalisés ou d’entrelacs. Cependant, ici, l’influence mozarabe est apportée par l’utilisation de couleurs franches et basiques en aplats, sans ombres ni lumières et quasiment sans mélanges.

On retrouve le rouge, le bleu, le jaune. Le vert est un mélange de bleu et de jaune, et le brun, un mélange de bleu et de rouge.

Les bandeaux de l’encadrement rectangulaire représentent chacun des vertus chères aux Suebens :

→Le bandeau extérieur jaune et bleu représente leur foi par l’association des couleurs du Sinam et de l’eau.

→Le bandeau du milieu représente l’humilité que leur impose leur mode de vie.

→Le bandeau aux baguettes vertes et contenant le motif d’entrelacs bleu sur fond jaune représente la création du monde : le Sinam (jaune) et l’eau (bleu) sont source de vie (vert).

Les motifs végétaux des écoinçons sont une autre représentation de l’humilité dont doivent faire preuve les Suebenes. En évoluant sur une terre aride et stérile, leur vie est à la fois dure et simple.

La terre est représentée par la couleur pastel et l’humilité par l’aloe rouge : c’est avec humilité qu’on peut s’épanouir sur une terre aride.

Les motifs floraux et végétaux des encadrements en forme de diamant sont purement décoratifs. Cependant, la phrase contenue dans le bandeau bleu est la devise des Sinamons : Sinam ha ti ni sikta, qui signifie « Sinam te protège ». Encore une fois, les couleurs sont importantes, car le bleu représente l’eau, et le vert, la vie.

Calligramme

Le calligramme est quant à lui composé du mot Sinamad’aek, qui signifie Branche de la Voie du Sans Nom, le nom de la Branche des Suebens à Therebia, la cité des Manipulateurs.

Présentation

Généralités

Cette page est la seule où les divinités ne sont pas représentées. En effet, les Suebenes pensent que la représentation de leur dieu créateur serait une offense envers lui et lui enlèverait sa nature divine.

De plus, ils pensent que vénérer une représentation, même de leur dieu, les détournerait de leur foi : cela reviendrait à vénérer une image, et non leur dieu lui-même. Il en est de même pour les divinités de la vie et de la mort.

Le dieu créateur des Suebenes n’a pas non plus de nom. Ils le nomment donc « Le Sans Nom » : Sinam. Cependant, les divinités de la vie et de la mort se nomment respectivement Silin et Sei. Elles possèdent un nom car elles ne sont qu’à moitié divines du fait qu’elles se sont incarnées sur terre.

Les Suebens sont originaires d’une terre aride recouverte de désert. C’est pourquoi ils ont rapidement fait de l’eau l’élément central de leur existence. C’est donc sans étonnement qu’ils aient associé le Sinam à l’eau et qu’ils Manipulent cet élément.

Alors que les divinités ne sont pas représentées, les Suebenes accordent une forte symbolique aux couleurs et à leur association :

→ Jaune : représente le Sinam.

→ Rouge : représente l’humilité et la simplicité, et est la couleur des chefs Sinamons.

→ Bleu : représente le don du Sinam, l’eau. Il est par conséquent systématiquement associé au jaune

→ Noir : représente la terre, la naissance

→ Blanc : représente l’air, la pureté

→ Vert : la vie

Les personnages secondaires : inspiration, mise en page et symbolique

On pourrait croire qu’une fois de plus, les deux personnages sont les divinités de la vie et de la mort, mais il s’agit en réalité de la représentation des chefs religieux adorateurs du Sinam. Ils portent tous deux la robe bleue qui marque leur condition de religieux, mais ils se distinguent de cette façon :

A droite, c’est un Manipulateur, reconnaissable à ses cheveux blancs.

A gauche, c’est un « Commun », reconnaissable à ses cheveux encore bruns et son châle rouge.

La plante représente, quant à elle, une autre allégorie de l’humilité : prenant racine dans la terre noire, elle symbolise l’humilité dont il faut faire preuve pour s’épanouir quant on vit dans le désert aride des Terres Suebenes.

L’herbe verte symbolise le fait que la vie (la couleur verte) naît au contact du Sinam (la couleur jaune), même dans le désert.

Les motifs présents dans l’architecture sont purement décoratifs.


Voilà pour cette présentation du second chapitre de mon manuscrit. Encore une fois, c’est un gros morceau, mais j’espère que ces explications plairont aux amateurs d’enluminure autant qu’à ceux qui voudraient lire mes romans.

Sachez que les explications pour les chapitres suivants arrivent dans les semaines à venir. Le chapitre 3 concernera les Terres Suebenes.

Si l’article vous a plu, ou déplu, si vous avez des questions ou des réflexions, n’hésitez pas à laisser un commentaire ! N’hésitez pas non plus à partager !

Quoi qu’il en soit, merci pour votre soutien, et à très bientôt !

Les Cinq Terres d’Irrhyon – Petit guide de Manipulation : Chapitre 2

Voilà le moment de vous révéler la démarche créative qui m’a permis de réaliser mon second chapitre. Si vous voulez lire l’article concernant le premier, c’est ici que ça se passe !


Les Terres Laukares


Calligraphie Terres Tankenes – Page titre Chapitre 2 : Les Terres Laukares

Pour créer mon manuscrit, j’ai choisi de traiter différentes influences comprises dans la période allant du IX ème au XI ème siècle, mais ayant toutes un rapport plus ou moins proche avec l’enluminure carolingienne. Cela m’a permis de bien mettre en valeur les différences culturelles et géographiques de chaque partie tout en gardant une cohérence visuelle.

J’ai fait le choix de la période carolingienne car je suis tombée amoureuse de sa simplicité (ex : les encadrements robustes) autant que de sa complexité (ex : ses motifs), mais surtout de la diversité de ses styles.

Influences

Les Laukares ( « lokarr » ) ne sont pas un peuple autochtone d’Irrhyon, et sont arrivés sur leurs terres non par la force, mais via le commerce. Pour survivre, eux aussi se sont adaptés aux différentes influences culturelles, notamment à celle des Varrodens ( « varodènn » ) dont ils ont été les premiers voisins.

Les Laukares ont une culture « cousine » à celle des Tankens, mais ont malgré tout été influencés par leurs voisins les Varrodens. Pour retranscrire ces relations et influences de façon visuelle, je me suis inspirée de la culture germanique. Les Germains sont en effet un « peuple cousin » des vikings dont je me suis inspirée pour les Tankens.

Pour faire le même rapport au niveau de l’enluminure, et l’appropriation des codes culturels Varrodens par les Laukares, je me suis inspirée de l’appropriation et la réinterprétation des codes de l’enluminure carolingienne dans le style ottonien.


Manuscrits de référence

Pour me rapprocher d’une influence plutôt germanique correspondant aux celles avec lesquelles a été créée la civilisation laukare, j’ai donc choisi un style d’enluminure ottonienne. Le manuscrit de référence principal pour la pleine page et l’ornementation est le manuscrit Ott.lat.74 – Digi.Vat.Lib Ott.lat. 74, f82v.


Pour la composition générale de la pleine page et l’attitude des personnages secondaires, je me suis inspirée du Sacramentaire de Henri II, Sakramentar Heinrichs II – Regensburg -St Emmeram – ca 1002 -1014 – BSB Clm 4456 f11


Le dernier manuscrit de référence pour la pleine page est l’Évangéliaire de Otton III, BSB Clm 4453, f24r dont je me suis inspirée pour le personnage principal.


Voilà donc à quoi ressemble ma double pleine page en vis-à-vis

Démarche créative

Encadrement

La structure des encadrements rappelle encore une fois celle utilisée dans les manuscrits carolingiens : des bandeaux aux baguettes d’or contenant des motifs végétalisés. Cependant, ici, l’influence ottonienne est apportée par l’utilisation de l’or pour remplir les formes, associé à la couleur minium, ainsi qu’au bleu et au rouge.

Les motifs végétaux des bandeaux de l’encadrement et des écoinçons rappellent facilement des flammes. De plus, la palette est composée de couleurs chaudes rappelant encore une fois le feu. C’est cette impression de chaleur et de lumière que j’ai mis en avant dans cette page, car l’élément que manipulent les Laukars est le feu.

Les motifs végétaux des vignettes de la pleine page sont purement décoratifs.

Incipit et lettrine

Au centre de la page d’incipit se trouve une prière en langue laukare signifiant « Que sa lumière soit sur toi ». Le fond a été réalisé à la brosse pompon et les lettres à la feuille d’or.

Sur le pourtour est inscrit en lettre d’or le début du texte dont la suite est calligraphiée au verso de la page : « Les Terres Laukares sont constituées des royaumes d’Aon… »

Concernant les vignettes de la page d’incipit, elles représentent les capitales des trois royaumes des Terres Laukares :

→Orthal pour le royaume d’Eki (en haut à gauche)

→Korkea pour le royaume de Kolme (en haut à droite).

→Therebia la Blanche pour le royaume d’Aon (en bas à gauche).

→Therebia la Grise, également située dans le royaume d’Aon, mais qui est, elle, la capitale des Manipulateurs (en bas à droite).

On retrouve le même encadrement que sur la pleine page.

La lettrine « L » sur la page de calligraphie est inspirée de celle trouvée dans l’Evangéliaire de Henri II, Evangelistar: Perikopenbuch Heinrichs II. – BSB Clm 4452, f27r.

J’ai modifié le motif végétal pour le transformer en épineux qui représente la rudesse de l’environnement dont sont originaire les Laukars. Pour les contreformes, j’ai repris les couleurs que porte Fadrall, le vert et le pourpre.

Présentation

Généralités

Sur cette pleine page est représenté le Dieu créateur des Terres Laukares : Fadrall, dont le nom signifie « Père de tous ».

Il est accompagné de la divinité de la vie et du dieu de la mort, respectivement appelés Dahud (bonne magie) et Dagmar (impatient/impulsif).

Au centre des trois divinités, on voit une représentation du paradis des Laukars, qu’on peut associer au Valhöll/Valhalla.

Les Laukares sont originaires d’une terre sombre, hostile et froide. C’est pourquoi il ont rapidement fait du feu un élément centrale de leur existence et le considèrent comme étant à la genèse de toutes choses. En effet, celui-ci leur apporte tout ce dont ils manquent : la lumière, la vie et la chaleur.

La divinité principale : inspiration, mise en page et symbolique

Culturellement, les Laukares ressemblent énormément aux Tankens, c’est pour cela que j’ai associé les deux Terres à des influences Germaniques et Nordiques qui sont cousines. La grande différence entre eux vient du fait qu’ils ne croient pas en la même divinité, et que, par conséquent, les uns Manipulent l’air, et les autres le feu.

Visuellement, Fadrall est donc assez semblable à Uelden/Wöltan/Ölthin, que ce soit par les vêtements qu’il porte ou les couleurs qui lui sont associées. Il est également assis sur un trône, sauf que lui est porté par Dahud et Dagmar.

Parce que les Laukares sont originaires de contrées froides, Fadrall est représenté vêtu d’une cape en plus des riches étoffes pourpres d’inspiration germaniques dues à son rang. Ses cheveux sont blonds-roux et ses yeux sont bleus.

Les personnages secondaires : inspiration, mise en page et symbolique

Dahud et Dagmar, les divinités de la vie et de la mort, sont également représentés par des faux jumeaux pour symboliser le fait qu’ils ont été créés en même temps et qu’ils sont parfaitement égaux hiérarchiquement parlant : si l’un ou l’autre manque à l’appel, il est impossible à celui qui reste de soutenir le poids de Fadrall.

Le fait qu’ils portent le trône de Fadrall et se trouvent sur un plan inférieur marque leur infériorité par rapport à leur créateur, ainsi que le rôle de soutien qu’ils ont envers lui. Cela symbolise également le fait qu’ils se trouvent entre le plan céleste et le plan terrestre du fait qu’ils soient des dieux qui se sont incarnés parmi les hommes.

Dahud, la divinité de la vie est à la droite de Fadrall. Ses cheveux roux représentent la vie, la lumière, le bon. Son expression est farouche et volontaire : elle est forte.

Dagmar est à la gauche de Fadrall. Ses cheveux bruns représentent la mort, l’ombre, le mauvais. Son expression est fermée, suspicieuse.

La dualité femme/homme symbolise également leurs dualité vie/mort : la femme est associée au bien, la vie, la douceur ; l’homme au mal, la mort et la brutalité. Toujours est-il qu’ensemble, ils forment un équilibre parfait qui ne doit pas être rompu, et avec Fadrall, un triangle symbolisant le cycle de la création, de la vie, de la mort et du retour au créateur.


Voilà pour cette présentation du second chapitre de mon manuscrit. Encore une fois, c’est un gros morceau, mais j’espère que ces explications plairont aux amateurs d’enluminure autant qu’à ceux qui voudraient lire mes romans.

Sachez que les explications pour les chapitres suivants arrivent dans les semaines à venir. Le chapitre 3 concernera les Terres Suebenes.

Si l’article vous a plu, ou déplu, si vous avez des questions ou des réflexions, n’hésitez pas à laisser un commentaire ! N’hésitez pas non plus à partager !

Quoi qu’il en soit, merci pour votre soutien, et à très bientôt !

Les Cinq Terres d’Irrhyon – Petit guide de Manipulation : Chapitre 1

Après l’article concernant mon frontispice, mon introduction et ma page de titre, voilà le moment de vous révéler la démarche créative qui m’a permis de réaliser mon premier chapitre.


Les Terres Tankenes


Page titre chapitre 1 : Les Terres Tankenes

Pour créer mon manuscrit, j’ai choisi de traiter différentes influences comprises dans la période allant du IX ème au XI ème siècle, mais ayant toutes un rapport plus ou moins proche avec l’enluminure carolingienne. Cela m’a permis de bien mettre en valeur les différences culturelles et géographiques de chaque partie tout en gardant une cohérence visuelle.

J’ai fait le choix de la période carolingienne car je suis tombée amoureuse de sa simplicité (ex : les encadrements robustes) autant que de sa complexité (ex : ses motifs), mais surtout de la diversité de ses styles.

Influences

Les Tankens ( prononcer « tann-kènn » ) sont un peuple autochtone d’Irrhyon, au même titre que les Suebens ( « suébènn ») et les Khidalii ( « kidali » ), et ils possèdent leurs propres lois, rites et culture. Néanmoins, ils ont subi une influence culturelle de la part des Khidalii qu’ils se sont appropriée.

Pour créer et développer les Tankens lors de la rédaction de mon roman, je me suis inspirée des cultures nordiques « vikings ». Pour rester cohérente, leur associer un type d’enluminure du nord de l’Europe et reflétant une appropriation de codes artistiques et culturelle paraissait donc évident.

Pour ce faire, je me suis tournée vers l’enluminure anglo-saxonne de Winchester. Pourquoi ? Parce que le fil conducteur de mon manuscrit est l’enluminure carolingienne et qu’une des caractéristiques du style de Winchester est justement une appropriation des codes de l’enluminure carolingienne par les anglo-saxons.


Manuscrits de référence

Le manuscrit de référence principal pour la pleine page et l’ornementation est le Psautier de Bury Saint-Edmund – Digi.Vat.Lib Reg.lat. 12, f21r.


Concernant le mélange d’or et d’argent, je me suis inspirée du Grimbald Gospel, BL Ad MS 34890, f10v


Le second manuscrit dont je me suis inspirée, notamment pour les personnages est le Benedictionnaire d’Aethelwold, BL MS 49598, ff17v et 22v


Voilà donc à quoi ressemble ma double pleine page en vis-à-vis

Démarche créative

Encadrement

De façon générale, la structure des encadrements rappelle facilement celle utilisée dans les manuscrits carolingiens : des cadres aux baguettes d’or ou d’argent contenant des motifs végétalisés. Cependant, c’est le côté anglo-saxon qui leur apporte une identité propre : la dynamique et le foisonnement des motifs végétaux ainsi que la manière de poser les couleurs qui tend vers le roman, avec des aplats ou transparences et des jeux d’ombre et de lumière linéaires.

Les feuilles de l’encadrement sont placées de telle façon que l’on peut croire qu’elles sont soufflées par un courant d’air, de l’intérieur vers l’extérieur. De plus, la palette est composée de couleurs claires donnant une impression de fraîcheur à la page. C’est cette impression de fraîcheur et de courant d’air que j’ai retenu, car l’élément que manipulent les Tankens est l’air.

Les motifs végétaux sont plus décoratifs que représentatifs, sauf ceux qui se trouvent dans les médaillons au centre des pages. En effet, le motif à trois branches est directement inspiré de la Corne d’Odin, et représente ici la trinité de la divinité tankene.

Les Tankens l’utilisent pour manifester leur appartenance à leur groupe religieux, tout comme les Chrétiens arborent une croix.

Incipit et lettrine

Au centre de la page se trouve une prière signifiant « Que le souffle de vie soit avec toi ». Le fond est laissé en réserve et les lettres sont en palladium.

La lettrine « B » est travaillée, et reprend les couleurs de la pleine page avec le fond en transparence de follium, les motifs végétaux, ainsi que le pourpre et le vert dans son fut et sa panse.

Dans le médaillon au centre du fut de lettre, on retrouve le motif à trois branches représentant la trinité du dieu créateur tanken.

L’encadrement reste le même que pour la pleine page, à l’exception du fait que les couleurs des motifs contenus dans les bandeaux du haut et du bas sont en miroir pour créer une symétrie entre les deux pages en vis-à-vis.

Pour la palette de couleurs, je suis restée dans des tons de bleu, de vert accompagnés de garance, de follium et d’ocre jaune.

Présentation

Généralités

Sur cette page, j’ai représenté le dieu créateur des Terres Tankenes, accompagné des divinités de la vie et de la mort.

La divinité principale possède trois noms, un pour chaque royaume tanken :

Ölthin pour le royaume de Dalfera, Uelden pour le royaume de Neverie, Wöltan pour les provinces de Larvak.

Il en est de même pour les autres divinités.

Celle de la vie s’appelle : Tharian/Davan/Taran.

Celle de la mort s’appelle : Thariek/Dayog/Tanwen.

Pourquoi trois noms ? Parce que les Terres Tankenes comportent trois royaumes dans lesquels la langue parlée diffère légèrement, comme ça peut être le cas dans certaines provinces éloignées de Chine. Ölthin, Uelden et Wöltan sont en réalité le même mot, comme peuvent l’être les mots father/vater/vader (qui veulent dire «père» en anglais, allemand et néerlandais).

De plus, la façon de révérer cette divinité diffère légèrement d’un royaume tanken à l’autre, et on trouve donc trois grands courants religieux principaux.

Pour comparer avec une notion familière, on peut prendre l’exemple du Christianisme avec le Catholicisme, le Protestantisme et l’Orthodoxie, pour lesquelles il y a une notion de base commune, mais dont certaines croyances et pratiques diffèrent.

La divinité principale : inspiration, mise en page et symbolique

Pour représenter l’importance de la divinité créatrice tankene, mais également son unité et sa trinité, j’ai choisi de la faire apparaître sous la forme d’un seul personnage assis sur un trône, mais derrière lequel on voit deux autres personnages identiques, un peu comme des ombres ou des fantômes de lui-même.

Cette divinité étant pour les Tankens l’incarnation de l’air qu’ils considèrent comme étant le Souffle de Vie, les trois têtes représentent également l’air tel que les Manipulateurs l’utilisent : un souffle de vent, la foudre et le vide.

Le trône sur lequel se tient la divinité est en pierre (symbolisée par le palladium gris) en bois peint en rouge et en or pour signifier la grandeur du personnage, mais aussi son lien avec la nature brute et hostile dans laquelle évoluent les peuples tankens. Il se trouve en haut de trois marches, également de pierres de bois et d’or. Il y en a une pour chacun des aspects de la divinité. Le halo autour du dieu représente sa grandeur.

Cette divinité étant inspirée de la mythologie nordique, j’ai choisi de l’habiller et de la coiffer à la façon dont on se représente les Vickings dans la culture populaire : les cheveux rasés et tressés. Sa tunique est dans une étoffe précieuse due à son rang, et est richement brodée à l’encolure et aux manches.

Les personnages secondaires : inspiration, mise en page et symbolique

La divinité de la vie et le dieu de la mort sont des faux jumeaux, créés par leur supérieur. Les Tankens les représentent comme des jumeaux pour symboliser le fait qu’ils ont été créés en même temps et qu’ils sont parfaitement égaux hiérarchiquement parlant.

La dualité homme/femme symbolise leurs différences : la femme est associée au bien, la vie, la douceur, et l’homme au mal, la mort et la brutalité. Toujours est-il qu’ensemble, ils forment un équilibre parfait qui ne doit pas être rompu.

Ils sont placés plus bas que la divinité créatrice car ils ont été créés par elle, mais aussi car ils se sont incarnés sur Terre : ainsi, ils ne sont ni totalement célestes, ni totalement terrestres. Ils sont entourés d’un halo, mais pas aussi ouvragé que celui du dieu.

Ils sont assis et semblent attendre quelque chose, un ordre de leur créateur ou une mission. Leurs rôles sont liés l’un à l’autre, et j’ai voulu représenter ce lien par leurs mains tendues l’une vers l’autre et leurs regards qui se croisent : il n’y a pas de mort sans vie, de mal sans bien, de cruauté sans bonté.

La divinité de la vie se trouve en bas à la droite du créateur, et le dieu de la mort se trouve en bas à gauche du créateur, mais ils sont tous les deux sur un pied d’égalité car l’un n’est pas plus fort que l’autre. Ainsi l’ordre cyclique des choses est respecté : après la création du monde arrive la vie, puis la mort, et ceux qui meurent retournent auprès de leur créateur.

Les divinités portent tous deux des vêtements d’inspiration nordique. Les étoffes sont riches et décorées, ce qui montre la supériorité de leur rang, mais leur infériorité par rapport au créateur. Les vêtements sont également de conception plus simple et solide.


Voilà pour cette présentation du premier chapitre de mon manuscrit. C’est un gros morceau, j’en conviens, mais j’avais vraiment à cœur de partager ma démarche créative, étant donné qu’elle est directement liée à mes livres.

Si ça vous a plu, sachez que les explications pour les chapitres suivants arrivent dans les semaines à venir. Le chapitre 2 concernera les Terres Laukares.

Si l’article vous a plu, ou déplu, si vous avez des questions ou des réflexions, n’hésitez pas à laisser un commentaire ! N’hésitez pas non plus à partager !

Quoi qu’il en soit, merci pour votre soutien, et à très bientôt !

Les Cinq Terres d’Irrhyon – Petit guide de Manipulation : Introduction

Alors que j’ai enfin finalisé la reliure de mon manuscrit, il était temps que je vous partage le reste de son contenu !

Vous pouvez dores et déjà en retrouver les images sur instagram et Facebook , mais je détaillerai ici ma démarche artistique ainsi que mes manuscrits de référence.


Frontispice, Introduction et page de titre



Frontispice

Le frontispice est l’illustration placée à la première page d’un ouvrage. Dans le cas de mon manuscrit, il s’agit également d’une illustration résumant son contenu.

Mon manuscrit est composé de cinq grandes parties traitant chacune des cinq grands groupes de Manipulateurs qui existent sur le continent d’Irrhyon. Ces derniers sont organisés en un Ordre (une école) où ils apprennent à maîtriser leurs pouvoirs.

Pour construire mon frontispice, je voulais donc un motif qui puisse représenter les différentes Branches de l’Ordre. Le but était de signifier leur indépendance les unes des autres, mais aussi le lien qu’elles entretiennent.

En parcourant les manuscrits carolingiens, j’ai trouvé un motif dans les Evangiles de Hurault, 825 – 850, BnF, latin 265, f115r.

L’idée générale du motif contenu dans cette lettrine me plaisait : il a quatre parties, similaires par la forme, mais distinctes les unes des autres par les couleurs avec lesquelles elles sont peintes. Elles sont en plus liées les unes aux autres grâce aux nœuds d’entrelacs.

Cependant, le côté arrondi du motif ne me plaisait pas. J’aurais aussi aimé reprendre des éléments distinctifs de chacune des cinq parties de mon manuscrit, autres que de simples couleurs.

Je me suis donc inspirée d’un motif trouvé dans un manuscrit du XII ème siècle, le Liber Floridus – Lambert de Saint Omer, 1121, Gant, BU, ms 92, f20.

Ici, la rosace fait facilement penser à un nœud d’entrelac, et je trouvais intéressant que ses branches soient des filactaires.

J’ai donc fait un mélange de ces deux idées pour créer mon frontispice.

Dans un premier temps, j’ai repris l’idée des branches de la rosace en filactaires pour représenter les Branches de l’Ordre.

On peut voir qu’il n’y en a que quatre et non cinq, comme on aurait pu s’y attendre. Cela est dû au fait que l’un des peuple des Cinq Terres n’est pas admis au sein de l’Ordre. Il est donc représenté par une branche à part, en bas de page.

Pour donner un aspect plus carolingien à ce motif, j’y ai ajouté un encadrement. Celui-ci m’a permis de reprendre les motifs végétaux de chacune des Terres d’Irrhyon présentes au sein de l’Ordre.

Chaque branche du motif comporte le nom de chaque Branche se trouvant au sein de l’Ordre, ainsi qu’une prière, qui fait office de devise.

Au bout de chacune des branches, on trouve un symbole. Il représente les Capacités des Manipulateurs (les éléments qu’ils Manipulent). On retrouve ces derniers au long du manuscrit sous la forme des encadrements de chacune des parties.

Le symbole au centre de la rosace, lui, représente les Serments que prêtent les Manipulateurs quand ils entrent à l’Ordre. Ils en portent la marque sur le front, sous forme d’un tatouage.

L’air est symbolisé par un carré aux bandeaux pleins argentés.

La matière organique est représentée par un carré dont les bandeaux vides ont des baguettes d’or.

Le feu est symbolisé par un losange dont les bandeaux vides ont des baguettes d’or et en haut et en bas duquel se trouvent des médaillons.

L’esprit est représenté par un cercle d’or et de couleurs.

L’eau est symbolisée par un carré et un losange entrelacés aux couleurs de l’eau et de l’humilité (voir partie mozarabe pour les significations des couleurs)

Introduction

Étant donné que le principe de Manipulation et le manuscrit sont décomposés de façon géographique, il paraissait important qu’une carte soit présente afin que le lecteur soit en mesure de se repérer visuellement. La carte originale a été créée à l’époque où les romans ont été écrits.

Pour des soucis stylistiques, elle a donc été adaptée dans un style plus moyenâgeux. Pour l’adapter, je me suis inspirée de celle que l’on peut trouver dans le manuscrit Beatus a Liebana, Commentarius in Apocalypsin, XIème-XIIIème, BnF latin 8878, f45v bis, 45r ter.

L’encadrement est quant à lui inspiré du manuscrit Evangelia Quattuor, dit de Saint Médard de Soissons, BnF, latin 8850. J’ai ainsi repris le concept des baguettes dorées et argentées dans les bandeaux des cadres, mais j’ai tenu à ce qu’il reste le plus sobre possible. C’est la raison pour laquelle je n’y ai mis qu’une couleur pourprée que l’on retrouve également dans la lettrine de la page titre.

Elle est placée de façon à ce qu’on puisse s’y référer tout au long de la lecture du manuscrit.

Page titre chapitre 1 : Les Terres Tankenes

Page de Titre

J’ai conçu la page titre en m’inspirant d’abord du Psautier de Dagulf, (Psalterium : Sog. Dagulf-Psalter, Österreichische Nationalbibliothek), f25.

Cependant, bien que les détails des lettres me plaisent, je trouvais la composition trop massive comparée aux autres pages de titre, que je voulais assez sobres. Je me suis donc redirigée vers les Evangiles de Noailles ou de Charles le Chauve, BnF, latin 323.


Voilà pour cette présentation du frontispice, de l’introduction et de la page de titre de mon manuscrit. Si la démarche créative vous a plu, sachez que je ferai de même avec les cinq autres parties. Je parlerai notamment des influences que j’ai choisies pour créer chacun des peuples des Cinq Terres.

Si l’article vous a plu, ou déplu, si vous avez des questions ou des réflexions, n’hésitez pas à laisser un commentaire ! N’hésitez pas non plus à partager !

Quoi qu’il en soit, merci pour votre soutien, et à très bientôt !

Stage de reliure

Cela faisait des jours, des semaine, que dis-je, des mois que j’attendais ce moment, et il est enfin arrivé ! Oui ! J’ai ENFIN relié mon manuscrit !!

Sans trop détailler les étapes, je partagerai surtout des photos du processus.



Les stage tant attendu s’est déroulé sur trois jours, sous la surveillance de Claire Gonzales, de l’Atelier de C. à Z. Elle nous a guidé moi et une de mes collègue durant de travail minutieux et nous a permis de finaliser notre ouvrage.

Voilà donc quelques photos.

Et voilà le bébé dans toute sa splendeur !!


Enfin ! Mon travail sur ce manuscrit est terminé ! Il presque deux ans se seront écoulés depuis mes premiers croquis jusqu’à l’étape finale de la reliur, mais c’est enfin terminé ! Je peux enfin me concentrer sur l’avenir, et ça tombe bien, car les choses commencent à bouger. J’en dirai plus bientôt, mais d’ici-là, je terminerai de poster les articles sur mon manuscrit et ma démarche créative .

Si l’article vous a plu, ou déplu, si vous avez des questions ou des réflexions, n’hésitez pas à laisser un commentaire ! N’hésitez pas non plus à partager !

Quoi qu’il en soit, merci pour votre soutien, et à très bientôt !

Le début d’une nouvelle vie

Cela fait maintenant quelques semaines que je suis diplômée, et me voilà au commencement d’une nouvelle aventure. Mais comment se passe la vie de diplômée ? Quels sont mes projets ?


Où est-ce que j’en suis ?

Photo by Jasmine Coro on Unsplash


Après le périple qu’a été mon examen, je suis enfin en mesure de reprendre ma vie en main. Et qui dit reprendre ma vie en main, dit de nouvelles résolutions, de nouveaux objectifs, de nouveaux projets. Quelle chance, ça tombe pile poil au moment de la nouvelle année !

D’ailleurs, bonne et heureuse nouvelle année ! On a bien besoin de tourner la page de 2020 !


Côté manuscrit

Comme je l’explique dans mon précédent article, mon manuscrit est basé sur ma série de livre Les Avatars. Il est construit comme un guide écrit par l’un des personnages et voulant faire découvrir la Manipulation à un étranger. Plus concrètement, il est un moyen d’introduire le principe de la Manipulation à des personnes qui n’auraient pas lu les livres ou qui n’arriveraient pas à s’y retrouver.

En créant ce manuscrit, j’ai voulu allier l’enluminure au monde que j’avais imaginé pour continuer à le développer. Malheureusement, l’exécution du manuscrit devant à tout prix rester secrète pour des raisons d’anonymat, je n’ai pas pu partager avec vous le résultat de ce travail combiné.
Mais maintenant que tout est fini, je peux enfin agir à ma guise.

J’ai commencé à partager des photos sur Instagram et Facebook, mais je vais d’ici peu mettre à jour la galerie de mon site avec quelques détails sur la conception.

Voici cependant un aperçu de ce qu’il s’y trouvera :


Côté vie professionnelle

J’ai le plaisir de vous annoncer que je suis en train de créer mon auto-entreprise !
C’est un pas de géant pour moi ! Cela fait si longtemps que j’y pense sans pouvoir le faire que j’ai un peu de mal à y croire, mais c’est bien vrai !

Entre autres choses, cette auto-entreprise me permet de faire des animations dans les écoles, les EHPAD, et bientôt, de pouvoir donner des cours d’enluminure sous forme de stages ou d’ateliers.
Vu la conjoncture actuelle, donner des cours peut sembler impossible, mais j’essaye d’allier tradition et modernité et de mettre internet de mon côté !

Restez donc connectés, car je lancerai bientôt des ateliers tests, et je serai ravie que vous puissiez m’aider à leur conception !


Côté écriture

Comme je l’explique plus haut, j’ai allié écriture et enluminure pour la réalisation de mon manuscrit. Cependant, la réalisation m’a pris tellement de temps que je n’ai pas pu me consacrer à autre chose qu’à ce Petit Guide de Manipulation depuis un an et demi.

C’est pourquoi je suis heureuse de retrouver un minimum de liberté pour enfin me concentrer sur la suite. Et quelle est cette suite ?

Je suis en train de développer une série de nouvelles en trois parties.

Elles prennent place dans l’univers des Avatars et concernent des personnages que l’on croise dans les livres ou dont on entend parler. On peut les lire indépendamment des livres, mais elles apportent un regard nouveau ou des détails sur l’intrigue, donc il est préférable d’avoir lu au moins le premier tome avant de les commencer.
Les idées sont là, j’ai déjà commencé la rédaction de la première nouvelle, et je la posterai dans les semaines qui viennent.

J’aimerais continuer la rédaction de Atura.

Eh oui, cette histoire que j’ai commencé un peu sans y croire me trotte toujours en tête. Elle est d’un style totalement différent des Avatars, donc elle me permet de m’évader et de changer d’air en cas d’overdose !
Si vous ne l’avez pas encore lue, vous pouvez le faire ici. Et si ça vous plait, ou si vous avez des suggestions ou des remarques, vous pouvez même laisser un commentaire !

Il est grand temps que je me mette à la rédaction de mon tome 3 !!!

Depuis le temps que le scénario dort au fond de mes tiroirs, il serait grand temps que je m’y mettes. Mais bon, vous connaissez la chanson, avec ce festival, toute cette pression… Euh, je veux dire, ce manuscrit !
Bref, j’avais un peu les mains liées et le temps me manquait pour faire tout ce dont j’avais envie. Mais si je m’organise bien, je devrais pouvoir me lancer. On y croit !!


En bref

Me voilà libre de ce projet titanesque que représentait mon manuscrit, mais il me reste beaucoup à faire ! En effet, cette liberté retrouvée me donne des ailes, mais je débute tout juste ma vie professionnelle et il va falloir que je fasse une liste de mes priorités si je veux pouvoir mener tous mes projets de front !

Enfin. Voilà pour les nouvelles.


à venir

  • Des mini-atelier tournant autour de l’enluminure
  • Des photos et des articles explicatifs sur mon manuscrit
  • Des extraits de mes nouvelles
  • Des nouvelles de l’avancement de mon tome 3

Pour lire le début du tome 1 des Avatars

Pour lire Atura


Si vous avez aimé cet article, si vous avez des questions ou des suggestions, n’hésitez pas à me laisser un commentaire, à liker et à partager !

Merci d’avoir lu, et à très bientôt pour la suite !

Les Cinq Terres d’Irrhyon – Petit guide de Manipulation : présentation du projet

Alors que je partage les images de mon manuscrit sur instagram et Facebook depuis quelques jours, j’avais envie de vous donner plus de détails sur la façon dont je l’ai créé.

Voilà donc le premier article d’une série plus ou moins longue durant laquelle je vous détaillerai mes idées, mes influences et les étapes de mon travail. En espérant que ça vous plaise !


Généralités



Le choix du thème

J’ai choisi de baser mon manuscrit sur ma série de livre Les Avatars. Il est construit comme un guide écrit par l’un des personnages et voulant faire découvrir la Manipulation à un étranger. Plus concrètement, c’est un moyen d’introduire le principe de la Manipulation à des personnes qui n’auraient pas lu les livres ou qui n’arriveraient pas à s’y retrouver.

Résumé

Dans le monde que j’ai créé, il existe deux continents : Irrhyon et Ogarrhyon. Sur ces terres vivent des personnes qui maîtrisent la matière et les éléments : les Manipulateurs.

J’ai choisi de traiter uniquement du continent d’Irrhyon, car c’est là que se déroule l’intrigue des premiers livres. Le contient d’Irrhyon est divisé en cinq territoires appelés les Cinq Terres, et chacune possède son lot de Manipulateurs.

Organisation

Le manuscrit est organisé de la façon suivante : on trouve d’abord un frontispice (une image qui résume le contenu du manuscrit). Puis il y a une introduction à laquelle j’ai attaché une carte. Dans l’introduction, j’explique le principe de la Manipulation et la façon dont sont organisés les Manipulateurs entre eux.

Puis, chaque chapitre est dédié à un groupe de Manipulateurs en fonction de son origine, un pour chacune des Terres. J’y détaille la géographie de l’endroit, les dieux auxquels les Manipulateurs croient, et l’influence que ça a sur leurs pouvoirs.

Étant donné que la Manipulation est un don des dieux, j’ai choisi de mettre les divinités de Cinq Terres à l’honneur. Les pleines pages sont donc toutes construites sur le modèle de l’époque carolingienne, qui est ma période principale : les portraits d’évangéliste, d’Empereurs ou le Christ en Majesté. J’ai choisi ce type d’iconographie car c’est de cette manière dont on représentait les personnages en lien avec le divin ou ayant une importance notable à cette époque.

Mes influences et leurs spécificités

J’ai choisi de traiter différentes influences comprises dans la période allant du IX ème au XI ème siècle, mais ayant toutes un rapport plus ou moins proche avec l’enluminure carolingienne. Cela me permet de bien mettre en valeur les différences culturelles et géographiques entre les Cinq Terres.

J’ai fait le choix de la période carolingienne car je suis tombée amoureuse de sa simplicité (ex : les encadrements robustes) autant que de sa complexité (ex : ses motifs).

Les influences que j’ai utilisées sont les suivantes : anglo-saxonne, ottonienne, mozarabe, carolingienne et byzantine.

Le style anglo-saxon

Le style anglo-saxon choisi est celui situé entre le Xème et le XIème siècle, dit de Winchester. Ses caractéristiques sont le foisonnement des motifs végétaux débordant souvent des encadrement (feuilles d’acanthe très souples et rondes) et l’utilisation de couleurs vives et claires.

Je l’ai choisi pour représenter les Terres Tankenes.

Le style ottonien

Le style ottonien choisi est celui situé vers la fin du Xème siècle et le début du XIème à Reichenau. Ses caractéristiques sont des lignes très géométriques, l’utilisation intensive d’or ainsi que d’une palette de couleurs vives et claires contrastant avec le pourpre.

Je lai choisi pour représenter les Terres Laukares.

Le style mozarabe

Le style mozarabe choisi est celui situé du Xème au XIIème siècle en Espagne, inspiré des Beatus. Ses caractéristiques sont la rareté de l’or, des dessins aux traits « naïfs » et des aplats de couleurs vives, sans ombres ni lumières avec une prédominance pour le rouge le jaune et le bleu.

Je lai choisi pour représenter les Terres Suebenes.

Le style carolingien

Le style carolingien choisi est celui situé dans la deuxième moitié du IXème siècle, dit de l’école de Charles le Chauve pour les encadrements, et celui du groupe d’Ada pour les personnages. Les caractéristiques de l’école de Charles le Chauve sont la profusion d’or et de pourpre, des dessins et des couleurs travaillés avec beaucoup de détails, et une prédominance de vert, de bleu et de rouge.
Je l’ai choisi pour représenter les Terres Varrodenes.

Le style byzantin

Le style byzantin choisi est celui situé entre le IXème et le XIIème siècle se rapprochant de la miniature. Ses caractéristiques sont l’utilisation de l’or pour les fonds, des dessins aux traits réalistes mais aux silhouettes allongées, et des couleurs très travaillées en avec des jeux de transparences, d’ombres et de lumières.

Je l’ai choisi pour représenter les Terres Khidalii.

Médiums utilisés

Parchemin : j’ai travaillé sur du parchemin de chèvre second choix. Mon format folio (1 page) est de 24.5×32 cm. Mon format de justification (là où se trouve le texte et l’image) et de 15×20.7 cm.
Calligraphie : j’ai utilisé une encre brune, car les manuscrits de référence dont je me suis inspirée sont calligraphiés en brun. J’ai aussi choisi de calligraphier à la plume métallique et non à la plume d’oiseau pour une raison de confort.
Palette de couleurs : j’ai utilisé des nuances présentes dans la période que j’ai sélectionné. J’ai préféré des pigments de substitution à certains pigments naturels ou historiques dans un souci de budget et de confort d’utilisation.
Pose de métaux : j’ai utilisé de la feuille d’or 22 carats adhésive et libre ainsi que du palladium et de l’or américain. J’ai choisi de poser mes métaux sur de la gomme ammoniaque, car sa pose se fait en finesse et permet l’apparition des pores de la peau du parchemin en transparence.


Avantages et inconvénients du projet

L’avantage d’avoir choisi cette période est que j’ai pu toucher à beaucoup d’influences différentes. En effet, à partir du XI-XIIème siècle, l’enluminure a tendance à se standardiser sur tout le continent, alors qu’avant, on voit encore que chacun a son style propre.
Ça m’a permis de donner un caractère et une image à chacune des Cinq Terres.

L’inconvénient, c’est que plutôt que de me concentrer sur une ou deux périodes, j’ai dû jongler avec 5 influences aussi différentes entre elles que le jour et la nuit.
Enfin, pas si différentes, car le but était justement d’avoir des influences distinctes par leur caractère et leur origines, mais semblables par leur composition. On va donc dire que la base était la même, mais que l’exécution était différente à chaque fois.

Et c’est là que résidait le vrai challenge : rechercher les caractéristiques de chaque influence, les cerner pour pouvoir les reproduire et devoir me réadapter à chaque page.

Dans l’ensemble, je pense avoir réussi mon pari. Vous me direz ce que vous en pensez !


Voilà pour cette présentation rapide des généralités de la conception de mon manuscrit. Pour la suite, je vous présenterai chacune des Cinq Terres et la façon dont je les ai associées aux différentes influences d’enluminures que j’ai choisi.

Si l’article vous a plu, ou déplu, si vous avez des questions ou des réflexions, n’hésitez pas à laisser un commentaire ! N’hésitez pas non plus à partager !

Quoi qu’il en soit, merci pour votre soutien, et à très bientôt !

Une page se tourne

Cela fait maintenant deux ans et demi que je vous tiens au courant de mon parcours mêlant écriture et enluminure, et me voilà enfin au bout de l’aventure. Mais comment se termine-t-elle ?

Avec le reconfinement, le déconfinement, comment s’est passé cette fin de parcours ? Est-ce que j’ai pu passer mon examen ? Dans quelles conditions ?


Où est-ce que j’en suis ?

Photo by Jasmine Coro on Unsplash


Pour vous remettre dans le contexte, j’étais censée faire la reliure de mon manuscrit les 26, 27 et 30 novembre. Évidemment, ça n’a pas pu se faire, et après un petit passage à vide peuplé de beaucoup de doutes, on nous a finalement confirmé les dates et les conditions d’examen.

Le dépôt du manuscrit s’est donc fait le lundi 7 décembre à 8h30. Puis le mardi 8, j’ai passé l’épreuve écrite à distance (un quizz sur internet). Et enfin, le 9, j’ai passé mon oral.


Côté manuscrit

Tout s’est bien passé, mais c’était tout juste.

J’avais bien tout terminé niveau peinture et retouches, même les détails que je pensais ne jamais faire.
J’avais bien enveloppé mes parchemins pour qu’ils ne bougent pas trop, n’étant pas reliés.
J’avais imprimé mes dossiers enluminure et calligraphie (des dossiers expliquant nos références et notre démarche créative).
J’avais bien préparé mes dessins.
Mais je n’avais pas compris qu’il fallait les donner avec le tout. Donc c’est qui qui a fait un allé/retour chez elle en courant pour pouvoir donner son matériel à l’heure et ne pas se faire recaler à l’examen ?

Voilà voilà.


Côté examen écrit

Je savais que j’allais être interrogée sur les différentes matières, à savoir : dessin médiéval, calligraphie, pose de métaux, enluminure, et théorie. Mais étant donné que je n’avais jamais eu d’examen écrit dans aucune de ces matières, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre.
Disons que j’ai révisé comme j’ai pu, et que les épreuves ont été à la hauteur de mes attentes et de mes craintes.
Dans l’ensemble, je ne m’en suis pas trop mal sortie, même si j’ai eu de grosses lacunes sur certains détails.
Heureusement que j’avais révisé toutes mes recettes !!!


Côté examen oral

Bon.
Ceux qui me connaissent savent ce que je pense des présentations et exposés.
Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas douée pour parler en public.
Ceux qui me connaissent savent que…
Bref, ils savent.

J’ai essayé. Vraiment. Je vous jure.
J’ai fait un plan structuré. J’ai fait une fiche. J’ai répété.
Mais ça n’a pas suffit.

Encore une fois, on nous avait donné les grandes lignes de ce qu’on attendait de nous : présenter notre manuscrit. C’est bien, mais quand même, ça reste vague. Ça laisse la place à pas mal de choses.
J’ai donc préparé une présentation basée sur mes dossiers et expliquant le rapport entre mon texte et les manuscrits de référence que j’ai utilisés.
Sauf que, arrivée sur place, on m’a dit : « Surtout, il faut parler technique !! Ne passez pas plus de 5 minutes sur votre histoire !! ».
Très bien. Et là, il me reste combien de temps pour refaire ma présentation ??
Et du coup, après avoir passé un quart d’heure à attendre dehors, on m’a jeté en pâture aux lions sans ménagement, et tout ce qui tournait dans mon esprit, c’était « Parler technique ? Mais qu’est-ce que je vais dire…? »
Et mon cerveau s’est figé. FI- !

Maintenant que la panique est passée, je sais ce qu’ils attendaient de moi. Ils voulaient que je leur explique le processus technique et pas créatif, évidemment. Et ça tombe sous le sens.
Ils voulaient savoir comment j’avais préparé le parchemin et avec quoi ; quels pigments j’avais utilisé et comment ; les spécificités des styles que j’avais choisi.
Pas la raison pour laquelle ce personnage s’appelle comme ça ; pas la raison pour laquelle celui-là porte cette couleur et pas une autre. Pas la raison… bref, ils ne voulaient pas connaître les détails de mon histoire et la façon dont je l’ai créée.
Dommage.


Comment tout ça se termine

Avec beaucoup de stress, je dois dire.

Ayant totalement raté mon oral, je me suis mise à douter d’avoir mon examen.
Car voyez-vous, pour être titré Enlumineur de France, il ne suffit pas d’avoir la moyenne. Non non non, il faut avoir au minimum 14 de moyenne générale.
Sachant que j’aurais à peine la moyenne à l’oral et que mon épreuve écrite était mitigée, je savais que ça me faisait quand même pas mal de points en moins…

Autant dire qu’entre la fin de mon oral le mercredi et la fin des délibérations le vendredi après-midi, j’ai cru mourir plusieurs fois.

Autant dire que quand on m’a appelé pour me dire que j’avais réussi, j’ai cru revivre.


Enfin. Voilà.
Le principal, c’est que j’ai réussi à aller au bout de ce périple.
J’ai tenu mes engagements.
J’ai sorti un manuscrit qui me plait.
Je n’y croyais plus, mais je suis enfin Enlumineur de France.
Mais surtout, je vais enfin pouvoir partager les fruits de mon travail avec vous ! Attendez-vous donc à voir des images sous peu !

Quoi qu’il en soit, encore merci à ceux qui m’ont soutenu et encouragé durant l’épreuve qu’auront été ces deux années.

A très bientôt pour la suite de l’aventure !!