La fin des Avatars

Voilà maintenant cinq mois que je suis diplômée et je commence seulement à trouver un semblant de stabilité dans ma vie. Ce que signifie cette stabilité : renouer avec mes anciens amours… et mettre fin à mes Avatars.



Avoir du temps. Voilà qui ne m’était pas arrivé depuis des mois ! Je dirais même, depuis presque deux ans et demi. Cette parenthèse consacrée à l’apprentissage de l’enluminure était volontaire, nécessaire, et enrichissante. Cependant, elle m’a coûté ce que j’aime le plus : avoir le temps.

Mais surtout, avoir le temps d’écrire.

C’est pourquoi, maintenant que je suis libérée des contraintes liées au diplôme et que je commence à appréhender l’avenir, j’en profite pour renouer avec mes anciens amours : la lecture et l’écriture.

Je me suis rendue compte que l’un n’allait pas sans l’autre, et à mesure que je dévorais la série Throne of Glass de Sarah J. Maas, mes doigts ont repris la route du clavier pour entamer la rédaction de mon tome 3.

Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu.

Alors que je commençais à établir mon plan d’attaque et à rédiger les premiers chapitres, je me suis rendue compte que j’avais manqué de développer en amont certains aspects de mon roman. Notamment, certains personnages ainsi que leurs points de vue, et que, malheureusement, ces manques créaient un chaos sans non. Enfin, peut-être pas à ce point, mais ça m’a quand même bien embêté.

J’ai donc fais le choix de relire les deux précédents volumes dans l’espoir de mettre en lumière les problèmes que j’y rencontrais. Et c’est ainsi que j’ai pris la décision de faire certaines modifications significatives.


Quels sont les modifications apportées aux romans déjà écrits ?


La forme

La rédaction de mon tome 3 m’a donc fait prendre conscience que j’avais rendu muets certains personnages qui méritaient pourtant qu’on les entendent et dont la voix apportait une dynamique nécessaire au récit. C’est pourquoi, si le fond de l’histoire ne change en rien, j’ai modifié certains passage en alternant les points de vues des personnages.

Ainsi, en plus de voir l’histoire à travers les yeux de l’héroïne, on la voit entre autres à travers ceux de Tarkin. Mais outre le fait d’entrer dans la tête de nouveaux personnages, ces changements m’ont surtout permis de développer des aspects du scénario qui étaient affaiblis par l’unicité du point de vue.


Le titre

Sachant depuis le départ que j’étais partie pour rédiger une série de plusieurs livres, j’avais le désir d’avoir un titre pour ladite série, ainsi que pour chaque tome.

J’en avais un, donc pourquoi le changer ?

Si les titres de chaque tome resteront les mêmes, celui de la série commençait à me poser sérieusement problème. Car bien que « Les Avatars » ait du sens pour mon histoire, c’est malheureusement une formule beaucoup trop utilisée et qui me sort maintenant par les yeux.

J’ai un moment hésité à la renommer comme mon manuscrit médiéval : Les Cinq Terres d’Irrhyon. Ça aurait pu fonctionner avec ce que j’avais déjà écrit, mais pas sachant où j’allais avec mon récit. J’ai donc repris le titre par lequel j’avais appelé mes tous premiers jets : Chroniques.

Oui, mais Chroniques de quoi ? me direz-vous. Il fallait alors que je trouve l’élément commun à tous les livres que j’avais écrits autant qu’à ceux qui me restait à rédiger. L’élément clé de l’histoire qui va au-delà des Cinq Terres d’Irrhyon, et au-delà des Manipulateurs. Et cet élément est la Pierre Chantée.


La couverture !

Oui, nouveau GROS changement.

En tant qu’auteur auto-éditée, je fais tout moi-même, et si j’ai le désir depuis un moment d’avoir une couverture digne de ce nom, je n’avais pas le budget ou les moyens de réaliser ce que j’avais à l’esprit.

Mais, s’il y a bien une chose que m’a apporté ma formation en enluminure à part la capacité à préparer une détrempe médiévale les yeux fermés, c’est la confiance en moi.

Alors non, je n’ai pas une confiance à toute épreuve et je pense que j’ai encore beaucoup de chemin à faire avant de considérer que je fais un travail assez propre. Mais j’ai néanmoins appris à mieux exprimer ce que j’avais dans la tête.

C’est pourquoi j’ai tenté de relooker la couverture de mes romans pour essayer de m’approcher au plus près de l’idée que j’avais depuis si longtemps. Voilà ce que ça donne dans une version quasi-définitive. Je proposerai bientôt plusieurs alternatives.

Avant
Après

Qu’en pensez-vous ?


En bref

Beaucoup de questionnement, beaucoup de réflexion, et de gros changements, mais j’espère que ça en vaut la peine. Je vous laisse juge !


Pour lire le début de l’Ordre, l’Ombre et les Serments

Chroniques de la Pierre Chantée – tome 1


Si vous avez aimé cet article, si vous avez des questions ou des suggestions, n’hésitez pas à me laisser un commentaire, à liker et à partager !

Merci d’avoir lu, et à très bientôt pour la suite !

Extrait

Les Cinq Terres d’Irrhyon

Entre Choix et Destinée

Dans mon dernier article, j’évoquais entre autre le fait que j’étais en train de développer une série de nouvelles en trois parties. Elles prennent place dans l’univers des Avatars et concernent des personnages que l’on croise au fil de l’intrigue ou dont on entend parler.
On peut lire ces nouvelles indépendamment des livres, mais elles apportent un regard nouveau ou des détails sur l’intrigue, donc il est préférable d’avoir lu au moins le premier tome avant de les commencer.


Résumé

Chacun est le reflet de ses choix. Mais quand des forces obscures sont à l’œuvre, le choix en est-il toujours un ?
Entre choix et destinée, la vie d’un enfant va changer. Mais il n’est pas le seul. Ni le dernier.

Extrait

« C’était l’automne. L’après-midi touchait à sa fin et un petit garçon d’à peine cinq an guettait l’arrivée de son père et de ses frères. Il était inquiet car toute la journée, le ciel avait été bas et le vent violent. Pas le meilleur des temps pour partir en mer. Mais ceux qu’il attendait arrivèrent enfin : dès qu’il les entendit, il se mit en embuscade non loin de la porte pour les surprendre.
     Le premier à entrer fut son frère aîné charriant avec lui une odeur caractéristique d’eau de mer et de poisson. Il s’arrêta sur le pas de la porte et regarda autour de lui, mais sembla ne pas voir son cadet dissimulé derrière des capes de voyages.
     Amusé par sa farce, ce dernier ne put réprimer un éclat de rire avant de sauter à découvert, poussant un rugissement de bête féroce.
– Raaaah ! À l’attaque !
     Aussitôt, le plus grand se retourna et tomba au sol de façon grotesque :
– Oh ! Par Uelden ! Mais quelle est cette HORRIBLE créature ? Par pitié, qu’elle m’épargne !
– Tu auras affaire à moi, RAAAH !
     Et dans cette cohue, ses autres frères et son père arrivèrent.
– Qu’est-ce qui se passe ici ? gronda le patriarche. Écartez-vous qu’on puisse passer…
– Papa !
     Et aussitôt, le petit fut accroché aux jambes de l’aîné.
– Alors ? La pêche a été bonne ? Vous avez ramené plein de poissons ?
     Mais l’homme ne semblait pas d’humeur. Un peu déçu, le petit essaya de faire des grimaces pour lui remonter le moral, mais sa mère l’arrêta en le prenant pour le confier à ses frères.
– Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle, inquiète.
– C’est la ferme, de l’autre côté de la colline. Leur fils… Ils l’ont eu.
– Tu veux dire… Les Défenseurs de la Foi ?
     L’homme acquiesça d’un signe de tête et sa femme devint pâle comme la lune.
–Ça faisait quelques semaines qu’il montrait des signes, reprit son époux sans apercevoir le malaise. Trop de personnes en avaient été témoins. Ça n’était qu’une question de temps avant qu’ils ne l’attrapent. Quel malheur…
– Qui c’est, les Défenseurs du foie ? demanda le jeune garçon, troublé. Des méchants ?
– Personne, mon chéri, coupa la mère.
     Peu convaincu, le petit prit alors une grande inspiration et ferma les yeux avant de reprendre :
– Tu sais, le vent me dit que…
– Arrête !
     D’un geste, sa mère plaça une main sur sa bouche, l’empêchant de terminer sa phrase, mais il était trop tard. Le silence s’était fait dans la maison et tous s’étaient tournés vers l’enfant et la mère tétanisée.
– Depuis quand ? demanda simplement le père.
– Une semaine, peut-être deux.
– Pourquoi tu n’as rien dit ?
– Je pensais que ce n’était qu’un jeu…
– Maman, qu’est-ce qui se passe ? s’enquit alors le fils aîné.
– Vous tous, allez dans votre chambre. Immédiatement. Et pas d’objections. Votre mère et moi avons besoin de parler. »


Voilà pour cet extrait !

On retrouve l’un de ces personnages dans mes livres. Est-ce que vous arrivez à deviner de qui il s’agit ? Pouvez-vous imaginer ce qui l’attend ? Si vous êtes curieux, vous pouvez d’ores et déjà lire la suite sur Wattpad !

Si cette nouvelle histoire vous intrigue, si vous pensez qu’elle pourrait plaire, ou si vous avez des remarques à me faire, n’hésitez pas à aimer, partager et commenter !

Merci beaucoup, et à très bientôt !

Les Avatars – L’Ordre, l’Ombre et les Serments

Prologue

Malgré l’apparente douceur du temps, le fond de l’air était frais et humide. L’automne était bien avancé et l’hiver promettait d’être, cette année encore, bien froid. Ce n’était pas le premier que Tarkin passait dans ces contrées si éloignées de sa terre natale, mais il pressentait que ce serait l’un des derniers.

S’ils avaient pu l’entendre penser, certains au village auraient cru qu’il souhaitait que Tarod le rappelle au royaume des morts. Vu son grand âge et la vie qu’il avait menée, cela aurait pu être légitime. Mais il n’en était rien. Ses pensées étaient plus que jamais tournées vers la vie. Il avait encore un bout de chemin à parcourir sur cette terre. Il le savait. Tout comme le fait qu’il était conscient, en son for intérieur, que quelque chose était sur le point de se produire, bien qu’il en ignorât encore la nature.

Depuis qu’il s’était installé dans le Royaume Vardak à l’est des Terres Varrodenes, il avait appris à ses dépens à se fier à son intuition. Il ne l’avait pas écoutée, quelques années auparavant, quand les Varrodens avaient été en guerre contre les Khidalii de Zheala, et il l’avait amèrement regretté. C’est pourquoi, maintenant que la situation semblait se répéter, il ne pouvait ignorer le tiraillement qui prenait ses entrailles à chaque fois qu’il pensait à son futur dans le village.

Il ne comptait plus les années qu’il avait vécues à Galtiekar parmi les guerriers des Marches du sud. À tel point qu’à l’échelle de la vie de n’importe quel homme qu’il y avait rencontré, il était maintenant un ancien. Il aurait même pu véritablement se considérer comme l’un d’entre eux, les us et coutumes vardaks n’ayant plus de secrets pour lui. Mais c’était sans compter sur ses différences indéniables qui le démarquaient d’eux aussi sûrement qu’une étoile étincelante au milieu d’un ciel d’encre.

Tarkin était originaire d’un petit village de Neverie en bordure du royaume d’Arod. Et bien qu’ayant passé la majeure partie de sa vie dans la ville de Therebia dans les Terres Laukares, il incarnait l’archétype du peuple venant de ses contrées natales. Il était d’une taille qu’il jugeait ni trop grande, ni trop petite. Et même si des années d’entraînement au maniement des armes avaient sensiblement renforcé sa musculature, rien de son allure chétive ne laissait paraître la force et l’agilité dont les siens faisaient preuve. Ses yeux oscillaient entre le vert et le noisette selon les caprices du temps et il avait la peau cuivrée, tout comme les reflets que le soleil avait pu donner à ses cheveux dans sa jeunesse.

Autant dire qu’il n’avait pas grand-chose en commun avec les Vardaks. Car bien qu’ils aient eux aussi la peau cuivrée, leur intelligence et leur habileté au combat se ressentaient dans chacun de leurs traits. Même s’ils n’étaient pas parmi les plus grands des peuples Varrodens, ils n’en restaient pas moins imposants. Leur maintien était fier, leurs yeux aussi noirs que leurs longs cheveux, et de prime abord, il semblait aussi difficile de déchiffrer leurs pensées que de faire tomber la neige en été.

Tarkin était encore en apprentissage au moment où son Maître l’avait envoyé dans ces contrées reculées. À l’époque, ne sachant pas ce qu’il devrait y trouver, il n’avait eu que la Source pour guider ses pas. Il avait dû s’accoutumer au climat d’un pays et à la façon de vivre d’un peuple qu’il n’avait connu qu’à travers des livres d’histoire et des récits de batailles. Il ne s’était établi nulle part, avait survécu comme il avait pu, gagnant son pain grâce à son Aptitude de Guérisseur. Jusqu’à ce que sa route le mène à Galtiekar.

Du fait qu’il soit un étranger, son arrivée dans le village avait été remarquée. Bien qu’ils soient restés courtois, ses habitants l’avaient traité avec une certaine distance, pour ne pas dire froideur. Mais il avait su à quoi s’en tenir. Tarkin avait suffisamment étudié les Varrodens pour savoir que les hommes de son espèce n’étaient pas vus d’un bon œil dans ces terres. Bien que les étrangers venant de Therebia, comme lui, soient tolérés pour des raisons plus ou moins évidentes, ils étaient tout autant craints.

Il fallait dire que l’histoire que les Varrodens avaient en commun avec l’Ordre et la Manipulation n’était pas des plus paisible. Presque un millénaire les séparait de l’époque où Torin, l’ancien chef de l’Ordre, avait révélé leur nature maléfique, les avait chassés de Therebia, exterminant au passage tous leurs Manipulateurs. Aussi terrible que ce soit, l’Ordre avait agi pour le mieux et des lois très dures avaient été proclamées. Du moins, c’est ce que prônait le Conseil. Mais selon Tarkin ainsi que le reste de ses frères Arkhans, avoir agi de la sorte avait été aussi absurde qu’excessif et la méfiance du reste des Varrodens envers toute forme de Manipulation n’en était devenue que plus vive.

Depuis, Torin était mort et grâce au nouveau chef de l’Ordre, les choses avaient lentement évolué. C’est pourquoi, même si les Manipulateurs Varrodens n’étaient toujours pas admis à Therebia, au moins n’étaient-ils plus systématiquement supprimés. Mais la généralisation des croyances sur la nature maléfique de leur Aptitude et des centaines d’années de terreur avaient gravé en eux une peur viscérale de la Manipulation.

Plusieurs fois à Galtiekar, Tarkin avait assisté impuissant à des scènes durant lesquelles des parents reniaient leurs enfants quand ceux-ci faisaient preuve de l’Aptitude. Malheureusement pour ces jeunes, ils étaient alors, au mieux, considérés comme des parias, au pire, traités comme des démons. Dans ce cas, s’ils ne se donnaient pas eux-mêmes la mort pour avoir déshonoré leur famille, ils étaient condamnés à l’exil et plus jamais personne ne revoyait leurs visages.

Depuis son arrivée au village, le Guérisseur avait vu naître presque deux générations de Vardaks et la troisième n’était pas loin. En restant discret avec ses dons et en s’adaptant à leur rythme de vie, il avait réussi à se faire accepter par les villageois et s’y était même fait des amis. Peut-être le temps passé parmi eux lui permettrait d’avoir raison de leurs peurs.

Même si l’Ordre ne leur donnait plus d’éducation et redoutait qu’ils utilisent leurs Capacités, Tarkin espérait sincèrement pouvoir changer les choses et protéger la prochaine génération de Manipulateurs Varrodens. Les Braels. Mais même s’il avait réussi à rallier certains guerriers à sa cause, il ne pouvait être certain d’y parvenir et le moins qu’il puisse faire était d’éviter à d’autres jeunes de vivre des drames comme il en avait tant vu. C’était sa mission d’Arkhan, qu’il soit controversé ou pas.

Il ne doutait pas que le printemps prochain passerait au rythme des unions des différents couples qu’il avait vus se former. Il se demandait maintenant combien parmi eux verraient leurs vies changées par l’arrivée d’un Manipulateur au sein de leur famille.

Perdu dans ses pensées, son regard se promenant sur l’immensité de la forêt qui s’étendait devant lui, le Guérisseur se fit surprendre par Terneg. Chef du conseil et du village, ce dernier était aussi devenu son ami le plus proche dans cette région reculée.

Le Vardak arriva à sa hauteur, tranquille.

‒ La réunion vient de se terminer, Tarkin.
‒ Je sais.

La voix se perdit quelque peu dans la bourrasque qui les frappa soudainement.

‒ On ne t’y voit plus assez souvent ces derniers temps. Les autres commencent à se poser des questions.
‒ Alors ça ne changera pas beaucoup de leurs habitudes.

Il ne retint pas son rire. Puis il prit une grande inspiration, faisant ainsi entrer dans ses poumons l’air frai venant des hauteurs du sud. Il sentit encore une fois le tiraillement qu’eurent ses entrailles en même temps que des images mêlées de sensations désordonnées apparaissaient dans son esprit.

– Quelles nouvelles ? demanda Terneg.

Le Guérisseur se concentra sur les quelques images qu’il avait réussi à saisir. De jeunes chasseurs en train de courir, un troupeau. Une jeune femme aux yeux d’un bleu profond. Un cadeau. Il soupira.

– Les jeunes vont bien, mais il semblerait que l’une d’entre eux n’en ait encore fait qu’à sa tête. Toujours la même.

Ce fut au tour de Terneg de rire doucement.

– Qu’ils profitent encore un peu de leur liberté tant qu’ils le peuvent. Les accords de mariage ont été signés avec plusieurs familles des villages voisins. Beaucoup verront leur vie bousculée en rentrant.
– J’en ai bien peur…
‒ Tu n’as rien vu d’autre ?
– Si c’était le cas, je te le dirais immédiatement. Je ne perçois rien de plus que d’habitude. Les frontières khidalii sont ce qu’elles sont. La guerre est aussi proche de nos portes aujourd’hui qu’elle l’était hier.

Le Guérisseur, sans quitter la forêt des yeux, essaya d’imprimer dans sa mémoire le peu d’indices qu’il avait pu tirer du vent. Puis d’un geste absent, il froissa le bout de papier qu’il avait dans la main. La guerre n’était pas la seule chose qui l’inquiétait. Outre le retour de son frère Levias à Therebia, les nouvelles de la cité n’étaient pas des meilleures. Un de ses amis lui avait confirmé que les tensions entre les Branches s’intensifiaient, que le Haut Conseiller Arkhan était tombé malade… Quelques jours plus tôt, son autre frère Kerian lui avait aussi fait part de son inquiétude en lui annonçant qu’il rentrait également. Quoi qu’il soit en train d’arriver, jamais le futur n’avait été aussi incertain.

Il regarda enfin le vieil homme qui se tenait à ses côtés. Terneg et lui avaient pour ainsi dire le même âge et pourtant, à les comparer, on aurait pu penser que Tarkin était son cadet, voire même son fils.

‒ Je suis désolé que mon don de vision ne soit pas aussi précis que ce que je voudrais. Mais je suis avant tout Guérisseur.
‒ Je ne t’en veux pas. Nous ne connaissons que trop bien la menace pour avoir passé nos vies à la combattre. Que s’accomplisse ce qui doit l’être, aussi difficile que cela soit pour toi ou pour nous. Nos destins à tous sont entre les mains de Primael.
– Ça, ce n’est qu’une question de point de vue, mais tu n’es pas encore prêt pour cette leçon.

Du coin de l’œil, Tarkin regarda son ami sourire. Il aimait le taquiner sur le fait qu’ils ne croient pas au même dieu. Mais après toutes ces années, le Vardak ne semblait plus s’en offusquer. Ce dernier ajouta plus sérieusement :

‒ Ne t’en fais pas pour tes visions. Le passé nous a appris à nos dépends que parfois, trop en révéler peut précipiter les choses dans une direction que nous ne pourrions prévoir.
‒ Tu penses encore à ton fils ?
‒ Comment pourrais-je faire autrement ?

Quelques minutes passèrent pendant lesquelles les deux hommes regardèrent le soleil se coucher à l’ouest derrière les pics les plus élevés des montagnes qui les entouraient. Puis Terneg rompit de nouveau le silence :

‒ Les derniers jeunes devraient être de retour de la chasse demain. Il faudra ensuite définitivement se préparer à l’hiver. En espérant que rien ne viendra perturber la nouvelle année…
‒ Puisse Tahura t’entendre.

Terneg le regarda du coin de l’œil et ils rirent en cœur.

+++

De la fenêtre de son bureau ovale, Idriel avait une vue imprenable sur la Citadelle et la ville qui s’étendait à ses pieds. La Onzième lunaison approchait de son terme, mais les habitants de Therebia ne semblaient pas s’en apercevoir. Il ne les voyait pas à proprement parler, mais il savait d’expérience qu’ils poursuivaient leurs activités comme si l’hiver ne viendrait jamais. Et comme tous les ans depuis des siècles, ils seraient surpris par les premières gelées.

Mais ce n’était pas ce qui préoccupait l’homme qui faisait maintenant les cents pas.

La recrudescence de Novices inquiétait le Conseil Restreint. À cause des Khidalii, mais surtout des Varrodens, car ils savaient qu’une augmentation de Novices chez les uns se traduisait par la même chose chez les autres. Et maintenant, les Conseillers s’impatientaient quant à la mission qu’ils lui avaient confiée avant même qu’il ne devienne leur Chef.

Plus que jamais, ils lui demandaient des résultats. Mais plus que jamais, il avait les mains liées, car il était partagé entre ses idéaux Arkhans et son devoir de Chef de l’Ordre. Les premiers le poussaient à protéger une population que le deuxième le forçait à réprimer.

Jusque-là, il avait cru bien gérer la situation. Mais des rumeurs de mécontentement se faisaient de nouveau entendre dans les couloirs de l’école et des alliances entre les différentes Branches étaient visibles. L’homme sans âge espérait simplement que ses élèves aient été à la hauteur de ses attentes, sans quoi ils signeraient leur fin à tous.

Sans nouvelles d’eux depuis tant d’années, c’est tout ce qu’il lui restait. L’espoir qu’ils réussissent leur mission là où il avait échoué. Qu’ils fassent ce qu’ils pensent être le plus juste avant que tout ne recommence.

D’un air absent, il caressa la pierre rouge qui brillait à l’un de ses doigts. Au moins, il savait comment les choses se termineraient pour lui.

Il jeta ensuite un regard à un petit livre posé sur son bureau, seul héritage de sa vie passée. Seul témoignage que sa terre natale ait un jour existé. Les Chroniques d’un Chasseur de Pierres.

Si ce prologue vous donne envie d’en lire plus, rendez-vous sur wattpad !

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Fiche de lecture – Chant 2 de la Belgariade

LA REINE DES SORTILÈGES

David Eddings, Chant 2 de la Belgariade, La Reine des sortilèges, éditions France Loisirs, illustration Didier Graffet

L’auteur

David Carroll Eddings, né le 7 juillet 1931 à Spokane dans l’État de Washington et mort le 2 juin 2009 (à 77 ans) à Carson City dans le Nevada, est un écrivain américain.

Il a écrit de nombreux romans célèbres de fantasy, dans le sous-genre de la High fantasy. Sa femme Leigh Eddings (Judith Leigh Schall) décédée en 2007 à 69 ans, est considérée comme coauteur, non créditée, de nombre de ses romans, et est reconnue comme telle dans ses œuvres les plus récentes.

Déçu par le manque de succès de ses premiers romans, David Eddings est fasciné par un exemplaire du Seigneur des anneaux découvert dans une librairie. Il décide de suivre les traces de Tolkien et de créer son propre univers de fantasy. Il dessine donc la carte du monde dans lequel devra se dérouler sa première saga, La Belgariade.
Aidé par sa femme, il publie en 1982 le premier roman de ce qui ne devait être qu’une trilogie, Le Pion blanc des présages. À cause des règles drastiques de l’édition imposant un maximum de 200 pages par livre, et devant l’impossibilité d’Eddings de se contenter de 600 pages, cette saga initiale sera finalement composée de cinq romans. Il complétera cette saga par La Mallorée en cinq volumes puis des préquelles, Belgarath le Sorcier, et Polgara la Sorcière. (wikipedia).


Quatrième de couverture :

L’univers vacille et Belgarath se hâte : il faut retrouver l’Orbe d’Aldur, le joyau du destin, qui peut sauver les hommes de la colère des dieux. De la brumeuse Arendie à la putride Nyissie, patrie des Hommes-Serpents, Belgarath entraîne Garion sur une route semée d’embûches.

Garion, le petit paysan : est-ce lui l’Enfant de Lumière, le descendant des rois de Riva, l’enfant marqué par les présages pour affronter Torak ?


Mon avis

Dans ce second tome, Garion et ses compagnons, toujours à la poursuite de l’Orbe d’Aldur, continuent leurs route qui les mène en Arendie, puis en Tolnedrie, et finalement en Nyissie.

Au groupe initial (Belgarath, Polgara, Durnik, Garion, Barak, Silk et Hettar) s’ajoutent Lelldorin et Mandoralen, respectivement des Arendais Asturien et Mimbraïque, et Ce’Nedra, une petite princesse tolnedraine ingénue et caractérielle.

Le style

La lecture est toujours aussi agréable et facile, malgré la multitude de noms à retenir. Pour ce tome, il n’y a pas de grand mystère, mais chaque étape du voyage réserve son lot d’embrouilles et d’escarmouches :

  • L’Arendie : avec les querelles internes que se livrent les Asturiens et Mimbraïques et les jeux politiques qui en découlent.
  • La Tolnedrie : avec les jeux politiques dangereux, le scepticisme de ses habitants et dirigeants quant à l’identité de Belgarath et Polgara, et les risques qu’ils encourent s’ils n’ouvrent pas les yeux.
  • La Sylve des Driades : avec les Driades elles-mêmes, un peuple de guerrières impitoyables.
  • La Nyissie : avec son climat étouffant, les poisons, et les intrigues de la Reine Salmisra

En bref

Pour moi, le second tome est une transition. Comme je le disais, on ne rencontre pas encore le grand méchant, mais les personnages évitent ses nombreux pièges tout au long du chemin.

On passe un niveau au dessus du tome précédent en s’impliquant un peu plus dans la politique locale des royaumes. Le grand plan se mets en place, les pions avancent des deux côtés : l’Orbe se rapproche de Torak, mais Belgarath prépare la défense.

Garion évolue aussi beaucoup : le voyage le fait grandir. Il prends plus d’initiatives et apprends beaucoup au contact de ses compagnons de route. La loyauté avec Lelldorin, la compassion avec Mandoralen, la patience avec Ce’Nedra. Il est sur la bonne voie mais il reste encore un peu bébé !

Extrait

« — On me dit que cet homme serait Belgarath, fit l’empereur, et cette femme, Polgara la Sorcière. Soyez assez bon, Zereel, pour vérifier leurs dires.
— Belgarath et Polgara ? railla l’homme aux sourcils en broussailles. Assurément, Votre Altesse n’est pas sérieuse. Il n’existe personne de ce nom. Ce sont des êtres mythologiques.
— Vous voyez bien, déclara Ran Borune. Vous n’existez pas. Je tiens cela de la plus haute autorité. Zereel est lui-même sorcier, voyez-vous.
— Vraiment ?
— L’un des meilleurs, assura l’empereur. La plupart de ses trucs ne sont que des tours de passe-passe, bien sûr, puisque, aussi bien, la sorcellerie n’est qu’un simulacre, mais il m’amuse. Et il se prend très au sérieux. Vous pouvez y aller, Zereel. Mais tâchez de ne pas répandre une odeur méphitique, comme bien souvent.
— Ce ne sera pas nécessaire, Votre Altesse, dit platement Zereel. S’ils étaient sorciers, je m’en serais immédiatement aperçu. Nous avons des moyens de communication particuliers, vous savez.
Tante Pol regarda le sorcier, un sourcil légèrement levé.
— Je pense que vous devriez y regarder d’un peu plus près, Zereel, suggéra-t-elle. Il arrive parfois que certaines choses nous échappent.
Elle fit un geste presque imperceptible, et Garion eut l’impression d’entendre un grondement assourdi.
Le sorcier regarda fixement un point dans le vide, juste devant lui, puis les yeux lui sortirent de la tête, son visage devint d’une pâleur mortelle et il se laissa tomber le nez dans l’herbe, comme si ses jambes s’étaient dérobées sous lui.
— Pardonnez-moi, dame Polgara, croassa-t-il, en rampant comme s’il voulait rentrer sous terre. »


Voilà pour le Chant 2 de la Belgariade. Est-ce que vous connaissiez déjà cette série ? Cet auteur ? En tout cas, j’espère que cette plongée dans les royaumes du Ponant vous aura plu ! Je continue ma lecture, donc la fiche du tome 3 arrivera prochainement.

Quoi qu’il en soit, n’hésitez pas à laisser un commentaire pour donner votre avis, ou suggérer d’autres livres ou séries de livres !

Merci beaucoup, et à très bientôt !